Opéra de Zurich : la future saison, riche d’une trentaine de spectacles, offre une quinzaine de nouvelles productions.
L’Opéra zurichois a fait la une de l’actualité culturelle à la fin de la saison passée avec l’annonce de la nomination du directeur qui devra prendre la difficile succession de M. Pereira lorsque celui-ci arrivera, en 2012, à la fin de son mandat.
Le choix du Conseil de Fondation s’est porté sur Andreas Homoki, l’actuel directeur de l’Opéra Comique de Berlin qui s’est surtout rendu célèbre par ses mises en scène non conventionnelles. Les Genevois, notamment, se rappellent certainement sa Frau ohne Schatten et le dernier spectacle de l’ère Gall : Orphée et Eurydice de Gluck avec Anne-Sophie von Otter… Les orientations artistiques de cette personnalité marquante du monde germanique sont pour le moins fort différentes de celles de l’actuel directeur, plus consensuel dans ses goûts, et l’on peut s’attendre à quelques soirées mouvementées sur les bords de la Limmat ces prochaines années !
Dans l’attente de ce changement, Alexander Pereira tient encore fermement la barre de la maison d’opéras zurichoise pour quatre ans et a présenté, avant la fermeture estivale, les points forts de sa future saison qui ne comprend pas moins d’une trentaine de spectacles dont une quinzaine de nouvelles productions.
Les premières lyriques
Les douze productions lyriques se concentrent plus spécifiquement sur le grand répertoire, au contraire de ce qui s’est produit lors de la saison qui vient de s’achever. Le Comte de Luxembourg de F. Lehar ouvre le cortège à Winterthur, comme le veut la coutume depuis longtemps. Dans la grande salle au bord du lac, les festivités commencent le 14 septembre avec une nouvelle Lucia de Lammermoor qui offrira aux Zurichois l’occasion de faire la connaissance de Vittorio Grigolo, ce jeune ténor italien spécialisé dans le cross over qui a fait ses débuts en Suisse en juin dernier dans le Don Carlo genevois. Elena Mosuc et Massimo Cavaletti lui donnent la réplique dans les autres rôles principaux alors que Nello Santi tiendra la baguette de sa main experte. Le 5 octobre, Bernard Haitink dirige une nouvelle production de Fidelio mise en scène par Katharina Thalbach avec Melanie Diener, Sandra Trattnig, Roberto Sacca, Lucio Gallo et Alfred Muff. Un DVD est dans l’air !... Le 9 novembre, la Passion Grecque de Martinu dans sa version originale en langue anglaise ouvrira le cycle des ouvrages moins connus chers à l’actuelle direction de l’institution. Emily Magee, Roberto Sacca et Alfred Muff se partageront les honneurs de cette réalisation signée de Nicolas Brieger, un autre habitué du Grand Théâtre lors des saisons passées (Qui ne se souvient de ses mises en scène de La Ville morte ou du Tour d’Ecrou ?). Le 10 décembre, Ingo Metzmacher dirige une nouvelle réalisation due à Claus Guth de Tristan und Isolde de Wagner. Nina Stemme, qui a fait sensation dans le rôle titre à Glyndebourne, et Ian Storey, le Tristan du spectacle d’ouverture de La Scala en décembre dernier, seront accompagnés de Michelle Breedt, Alfred Muff et Martin Gantner.
2009 débutera avec un nouveau Simon Boccanegra de Verdi, placé sous la direction de Carlo Rizzi avec Isabel Rey, Roberto Sciandiuzzi, Fabio Sartori et Leo Nucci dans le rôle titre. La mise en scène sera l’œuvre d’un vieil habitué de la maison, Giancarlo del Monaco (11 janvier).
Le 14 février, Nikolaus Harnoncourt que l’on n’attendait pas dans ce répertoire là, s’attaquera au Rake’s Progress de Stravinsky avec son complice habituel Martin Kusej à la mise en scène et la participation de Eva Liebau, Michelle Breedt, Shawn Matthey, Martin Gantner et Alfred Muff dans les emplois principaux.
Adam Fischer reprend le bâton le 1er mars pour une nouvelle Fedelta premiata de Haydn mise en scène par Jens Daniel Herzog et confiée aux gosiers de Eva Mei, Sandra Trattnig, Martina Jankova, Javier Camarena, Christoph Strehl, Gabriel Bermudez et Carlos Chausson. Suit, le 4 avril, une Tosca de luxe, dirigée par Michael Tilson Thomas avec Emily Magee, Jonas Kaufmann et Thomas Hampson sur le plateau. Le spectacle est réglé par Robert Carsen, qui trouve toujours le moyen de déranger les habitudes des spectateurs sans les agacer inutilement….
La traditionnelle première dédiée à Haendel aura lieu le 10 mai avec Agrippina , un des premiers chefs-d’œuvre du compositeur, placé sous la direction de Marc Minkowski avec Vesselina Kasarova, Malin Hartelius, Marijana Milanovic et Anna Bonitatibus dans les emplois féminins de premier plan. La mise en scène de David Poutney, un autre agitateur patenté, alignera encore les noms de Laszlo Polgar, Ruben Drole, Gabriel Bermudez et Jose Lemos. Le 6 juin verra le retour de José Cura dans les deux rôles principaux du traditionnel tandem formé de Cavalleria rusticana et Pagliacci avec Alan Gilbert à la direction et le rassurant Grischa Asagaroff à la mise en scène. La ronde des premières lyriques s’achève le 28 juin avec un nouveau Cosi fan tutte signé de Sven-Eric Bechtolf et dirigé par l’ancien directeur musical de la maison Franz Welser-Möst ; les deux hommes ont déjà été les artisans du triomphe des récentes nouvelles productions de Don Giovanni et Nozze di Figaro et achèveront ainsi la triade des chefs-d’œuvre dus à Mozart et Da Ponte. La distribution, constituée exclusivement de chanteurs attachés à la troupe de Zurich, comprend les noms de Malin Hartelius, Anna Bonitatibus et Martina Jankova qui
s’opposeront à Javier Camarena, Ruben Drole et Olover Widmer.
Signalons, parmi les reprises les plus intéressantes, les quatre cycles complets de L’Anneau du Nibelung de Wagner qui verront les débuts dans la fosse de Philippe Jordan (spectacles étagés de septembre 2008 à juillet 2009), alors que les jeunes chanteurs de l’Opéra Studio livreront les secrets des Joyeux Nibelungen , une opérette peu connue sous nos latitudes de Oscar Straus, l’auteur des Trois Valses. Une reprise attendue de la Traviata proposera Anna Netrebko dans le rôle principal les 22, 26 et 29 avril 2009 aux côtés de Piotr Beczala et Juan Pons alors que Cecilia Bartoli revient sur la scène zurichoise pour les reprises de Clari de Halevy les 31 août et 5 septembre ainsi que de la sublime production de Semele de Haendel les 9, 15, 17, 20, 22 et 24 janvier sous la direction de William Christie avec Charles Workman et Birgit Remmert en Jupiter et Junon. De nombreuses autres productions, trop nombreuses pour être mentionnées ici, complètent le calendrier.
Les ballets
Du côté du ballet, signalons les quinze représentations (du 20 août au 16 juin) de Artifact chorégraphié par William Forsythe sur une musique de Bach. A ces soirées extraordinaires feront pendant les neuf représentations de Ba3 , une nouvelle création du chorégraphe de la maison Heinz Spoerli montée sur L’Art de la Fugue et le Magnificat de Bach avec la complicité de Marc Minkowski à la direction (du 25 avril au 18 juin). La reprise, entre les 18 mars et 13 avril, de In den Winden im Nichts , un autre ballet de Spoerli chorégraphié sur les Suites pour violoncelle seul de Bach complètera cette passionnante trilogie. Autre première, plus romantique : La Sylphide du compositeur danois Lovenskjold et chorégraphiée par Johann Koborg formera un diptyque avec l’Octuor de Mendelssohn, un ballet du regretté Uwe Scholz (représentations du 17 octobre au 25 juin).
Parmi les reprises, signalons le très beau Don Quichotte dû à Heinz Spoerli (du 29 janvier au 12 février) ainsi que son moZART (du 23 décembre au 27 février) et son Peer Gynt (du 4 octobre au 11 décembre). Une bonne partie de ces titres voyagera, notamment à Singapour, Bangkok et Le Caire…
Pour les amateurs, le choix s’annonce plutôt difficile…
Eric Pousaz