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Entretien : Christian Wasselin

Christian Wasselin évoque Clara, le soleil noir de Schumann, le roman qu’il vient de publier.

Article mis en ligne le mars 2008
dernière modification le 24 mars 2008

par Laurent CENNAMO

Clara, le soleil noir de Schumann. C’est le titre du roman historique que Christian Wasselin publie aux éditions Scali. La chronique de la composition du Carnaval mêlée aux relations brûlantes qu’entretenaient le compositeur et son épouse Clara Wieck. Promenade avec un amoureux et fin connaisseur de la musique romantique.

Christian Wasselin, quel rapport entretenez-vous avec l’œuvre (et la vie) de Robert Schumann ?
Je ne peux pas faire l’économie, pour répondre à cette question, d’un détour par Berlioz, qui m’a tout appris, tout révélé alors que je n’avais que douze ans. J’ai alors conçu ce que pouvaient être les passions, la beauté, l’enthousiasme, et j’ai commencé à écouter de la musique (au début, essentiellement par le biais du disque et de la radio), à lire des livres, bref à me forger un univers. Schumann y est entré quand j’étais adolescent. C’est d’abord la musique qui m’a amené vers lui, et singulièrement sa musique pour piano : les Davidsbündlertänze, la Fantaisie, les Kreisleriana et bien sûr le Carnaval ont très vite fait partie de ma vie. Puis sont venues les symphonies, le Paradis et la péri, etc. Presque naturellement, je me suis tourné vers les amours littéraires de Schumann, les écrits d’Hoffmann en particulier (ah, les Elixirs du diable !) que venaient de publier intégralement les éditions Phébus. L’un de mes amis, à cette époque, nourrissait une passion pour le thème littéraire de la très jeune fille, et moi pour la femme de trente ans. C’est ainsi que j’ai eu l’occasion de lui présenter Clara. A cette époque, la fiction et la réalité se confondaient volontiers dans mon esprit. A dire vrai, rien n’a vraiment changé.

Christian Wasselin
Crédit : Laurence Théault

Est-il possible de séparer œuvre et vie chez un tel homme ?
C’est à la fois une question de cours et une interrogation métaphysique ! Je dirai qu’il est toujours possible de se passionner pour l’œuvre d’un compositeur (ou d’un écrivain, ou d’un peintre, ou d’un cinéaste) sans rien connaître de sa vie. Inversement, on peut très bien lire l’histoire d’une vie aventureuse, celle de Gesualdo ou celle de Beaumarchais par exemple, sans s’intéresser à l’œuvre de ces individus. Après tout, le livre que je viens de publier est sous-titré « roman historique », c’est dire qu’on peut le lire pour le plaisir sans avoir pour autant le désir de connaître la musique de Schumann. Mais il va de soi qu’on se priverait de bien des clefs en écoutant cette musique sans se soucier du destin du compositeur.

Quel rôle Clara a-t-elle joué dans le destin du musicien ?
Le grand cycle des œuvres pour piano des années 1830 n’est qu’un immense journal intime en musique, placé sous le signe de Clara. La jeune Clara Wieck avait neuf ans de moins que Robert, qui n’avait pas vingt ans et se cherchait beaucoup, en tant qu’homme et en tant qu’artiste, quand il l’a vue pour la première fois. Clara a servi de révélateur à Robert, au sens du papier tournesol, elle l’a peu à peu enflammé tout en lui permettant de fixer ses élans et ses tourments dans des partitions décisives. Robert a vu Clara devenir adolescente, partager son amour, rester d’une volonté inflexible malgré les obstacles (je ne reviendrai pas sur l’histoire bien connue du père de Clara, Friedrich Wieck, qui n’entendait pas donner sa fille à un obscur compositeur), jouer le rôle de la fée. Clara est l’élément merveilleux, le soleil souterrain dans le roman noir qu’est la vie de Schumann.

Parlez-nous de Carnaval, œuvre qui est au cœur du roman. A quel voyage cette musique nous invite-t-elle ?
Le Carnaval me paraît être la plus aboutie des partitions des années 1830 ; elle fait la synthèse des obsessions de Schumann, elle rend hommage à une série de personnages réels (Paganini, Chopin, Clara…) et imaginaires (Eusebius, Florestan, Pierrot…) et en même temps invente une forme éclatée, faite de fragments contrastés, juxtaposés, télescopés. C’est un bal masqué fantasque et tourbillonnant, qui m’a donné l’idée de concevoir un roman lui-même éclaté, où dans le récit viennent s’incruster des pages de journal intime, des extraits de lettres, etc. qui rompent le fil de la narration et proposent d’autres éclairages, d’autres points de vue.

De quels documents vous êtes-vous servis pour écrire ce « roman historique » ? Quelle est la part de fiction ?
C’est un roman parce que tout y est inventé, y compris les lettres et les journaux intimes que je viens d’évoquer. C’est un roman historique parce que les péripéties sont vraies : Schumann a réellement eu un père libraire, il a réellement fait tel voyage, telle rencontre à l’époque où je les indique, etc. Tel Alexandre Dumas ou Walter Scott (pardon pour ces références !), j’ai puisé dans les biographies, dans les histoires de la musique, dans les histoires tout court, et j’ai fait de mon héros un personnage de roman pour l’approcher au plus près.

Propos recueillis par Laurent Cennamo