Quelques grands spectacles attendus (Omar Porras, Romeo Castellucci, Jean-François Sivadier, Rodrigo Garcìa, Luc Bondy) et un foisonnement de créations dans les domaines de la scène les plus variés : chanson, cirque contemporain, danse, musique… La saison s’annonce particulièrement riche à Bonlieu. Tour d’horizon.
Théâtre enflammé…
La saison s’ouvre avec La Méchante Vie , mis en scène par Jérôme Deschamps (le créateur des Deschiens, habitué de Bonlieu et récemment promu directeur de l’Opéra-Comique où il succède à Jérôme Savary) et Macha Makeïeff. Une satire au vitriol, un tableau à la fois cocasse et grinçant de la société du XIXe siècle à ne pas manquer. Du 5 au 7 octobre.
Les 23 et 24 octobre, Victor Bâton d’après Mes Amis d’Emmanuel Bove (mise en scène Pierre Pradinas). Emmanuel Bove réussit à faire du désespoir profond qui règne dans cette pièce (l’histoire d’un chômeur vivant esseulé durant les années 20) la chose la plus drôle et touchante qui soit. Du 8 au 10 novembre, Maître Puntila et son valet Matti de Bertolt Brecht, mis en scène par Omar Porras. Après La visite de la vieille dame et El Don Juan, le fondateur du Teatro Malandro est de retour à Annecy. Masques, décors baroques, flamboyants, postures du corps savamment contournées, rythme endiablé, et message d’une actualité brûlante : chaque création de Porras est un événement, une expérience visuelle unique.
Romeo Castellucci est un des metteurs en scènes incontournables de la scène internationale contemporaine. Hey girl ! (du 21 au 24 novembre) est un spectacle à l’état brut, visuellement sidérant, organique (un personnage qui se meut sous une matière dégoulinante), une réflexion profonde sur les codes du théâtre ainsi que la mémoire du geste.
Du 4 au 7 décembre, un classique avec Huis clos de Jean-Paul Sartre. La mise en scène de Michel Raskine (créée en 1991) est l’une des plus belles qui soit, redonne à la pièce de Sartre toute sa force concrète, son caractère drôle et féroce à la fois. Lors de sa création cet été dans la cour d’honneur du Palais des Papes en Avignon, Le Roi Lear de Jean-François Sivadier a défrayé la chronique, suscité les réactions les plus diverses. Pour voir (ou revoir) la troupe de Sivadier en action, rendez-vous à Bonlieu du 19 au 21 décembre.
Après Naissance d’un clown (du 11 au 13 décembre), Philippe Faure sera une seconde fois sur la scène de Bonlieu en janvier 2008 avec On ne badine pas avec l’amour d’Alfred Musset. A redécouvrir !
Une création du 22 au 26 janvier : Eileen Shakespeare de Fabrice Melquiot, mis en scène par Franck Berthier (jeu Catherine Ferri). Ecrasée par le joug de l’Histoire, Eileen Shakespeare est le reflet ou la représentante de toutes les femmes libres qui luttent ou entrent en résistance. Un chapeau de paille d’Italie d’Eugène Labiche, mis en scène par Jean-Baptiste Sastre, sera à l’affiche de Bonlieu le 31 janvier et le 1er février. Pour interpréter ce vaudeville dans la plus pure tradition, un trio remarquable : Denis Podalydès, Patrice Kerbrat et Marie Payen.
Le roi du plagiat de Jan Fabre (découvert à Avignon l’an dernier) est un pamphlet qui interroge l’authenticité et l’originalité de l’art. Un monologue brillant et effréné servi par le comédien Dirk Roofthooft (5-6 février 2008).
Du 12 au 14 février, le metteur en scène (mais aussi comédien et acteur) Jacques Vincey nous invite à pénétrer dans l’univers foisonnant et coupant comme une lame de couteau d’August Strindberg avec Mademoiselle Julie .
Yves Beaunesne a monté l’année dernière à la Comédie Française Le Partage de midi de Paul Claudel, avec un succès énorme à la clef. Poursuite d’un dialogue fertile avec L’Echange , une pièce au verbe enflammé à découvrir à Annecy les 11 et 12 mars. Une figure majeure du théâtre européen à Bonlieu les 25 et 26 mars : Luc Bondy présente La seconde surprise de l’amour de Marivaux. La pièce est interprétée par des comédiens de grand talent, notamment Audrey Bonnet (Comédie Française) et Pascal Bongard.
Fin de saison riche à Annecy. Toute la vie (mise en scène et installation Pascal Rambert) nous plonge dans un univers blanc, glacé, où les mots des acteurs vibrent curieusement (9-10 avril). Les 6 et 7 mai, L’Enfer , mis en scène par Pierre Pradinas, avec notamment Romane Bohringer. Et balancez mes cendres sur Mickey est le dernier opus choc du célèbre et sulfureux metteur en scène Rodrigo Garcia. Une attaque frontale de la société de consommation, des images d’une force et d’une beauté saisissantes (13-14 mai).
…et autres arts brûlants
Trois rendez-vous chanson intéressants en 2007-2008, trois univers fort différents à découvrir : le 25 octobre, Thomas Fersen revisite son répertoire déjà riche dans Duo Ukulélé. Fersen en déshabillé accompagné d’un virtuose manouche et de deux ukulélés : à ne pas manquer ! Véritable bête de scène, monstre de la musique belge, Arno sera à Bonlieu le samedi 19 janvier. Dans A little more blue, la fragile et émouvante Maria de Medeiros parcourt quant à elle le répertoire engagé brésilien des années 70 (le 14 mars 2008).
La musique (classique, jazz, musiques du monde) ne sera pas en reste cette saison. Parmi les quelques 20 spectacles à l’affiche, soulignons les passages de Dogora (musique Etienne Perruchon, les 9 et 11 octobre), de l’Orchestre des Pays de Savoie avec Ballades helvétiques (tout un programme !) le 17 janvier, de Michel Portal et Jacky Terrasson le 23 janvier, ou encore la présence à Bonlieu le 29 avril du célèbre batteur Manu Katché.
Enfin, le geste à l’honneur à Annecy avec du cirque contemporain et de la danse. Plusieurs dates : du 19 au 26 mars, Le fil sous la neige (nouveau cirque) d’Antoine Rigot et la compagnie Les Colporteurs : sept fildeféristes pour un moment de grâce et de légèreté. En 1992, Philippe Decouflé avait marqué les esprits avec sa cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’Albertville. Du 17 au 19 octobre, le chorégraphe présente son nouveau spectacle intitulé Sombrero , une suite de saynètes cocasses et colorées qui s’inspire des westerns spaghettis. Du 4 au 7 mars, Loin , conçu et interprété par Rachide Ouramdane, fidèle de Bonlieu et star de la danse contemporaine. Pour ceux qui l’auraient manquée en Suisse Romande, la nouvelle chorégraphie électrisante de Gilles Jobin, Text To Speech , sera à l’affiche du 6 au 8 mars. Icône du flamenco, Andrés Marìn enflammera quant à lui la grande scène de Bonlieu dans L’aube du dernier jour le jeudi 22 mai.
Laurent Cennamo
Réservations : 04 50 33 44 11, www.bonlieu-annecy.com