Deux tendances principales se dessinent parmi la foison de spectacles proposés : les spectacles musicaux, et les productions à textes.
Parmi la foison de spectacles qu’elle affiche, la saison 2008-09 de Vidy révèle deux principales tendances génériques : d’une part les spectacles musicaux-visuels, de l’autre les productions à textes, classiques ou contemporains, portées par des metteurs en scène fidèles à l’institution d’Ouchy (Robert Bouvier, Denis Maillefer, Valentin Rossier, Gianni Schneider mais aussi Gérard Desarthe).
A côté d’une programmation théâtrale plutôt costaude, Vidy est attentive à la création musicale expérimentale, surtout sous l’influence des Suisses-allemands comme le groupe Stimmhorn et le tandem Martin Zimmermann-Dimitri de Perrot. Ces deux derniers – celui-ci DJ, celui-là clown, décorateur et chorégraphe (souvenez-vous de "Gaff Aff") – présenteront leur nouvelle création, Öper Öpis (Quelqu’un, quelque chose). Dans cette catégorie musicale, on classe aussi Yvette Théraulaz. Son adresse à sa mère, à travers le spectacle Histoires d’elles, convoque au besoin les paroles de Brassens, Ferrat, Anne Silvestre et Michel Berger, mais aussi les mots de Christian Gailly et de Jean Tardieu.
Une autre tendance de Vidy est celle qu’elle doit à l’univers de James Thierrée, la circassie, soit l’expression des corps sur scène, sans forcer sur le texte : danse, acrobatie, jonglage, poésie visuelle… Il y a un peu de ces deux influences dans Taoub. De l’arabe tissu, Taoub recourt à 12 interprètes du Groupe acrobatique de Tanger pour, selon son concepteur Alexandre Bory, ce premier spectacle contemporain d’acrobatie marocaine.
Autre débauche d’énergie, sportive cette fois, avec le drame onirique et musical Rame, d’Eugène (Prix de la Société Suisse des Auteurs), qui sera joué dans le Bassin à ramer des clubs d’aviron de Vidy. On avait remarqué Kaori Ito dans Au revoir parapluie de Thiérée ; la voici avec Noctiluque, un spectacle de danse inspirée par une histoire japonaise de fantôme (Miminashi Houichi). Enfin, parce qu’il s’entend avec la musique de Gérard Barreaux, le texte de Thierry Metz, L’Homme qui penche, fait le lien entre les deux tendances : un livre sur l’alcool, une cure de désintoxication dans un hôpital psychiatrique près de Bordeaux.
L’écho des mots
Le théâtre pur et dur prend ses droits sur la saison avec des pièces classiques comme Britannicus de Racine (l’événement Desarthe avec Jean-Quentin Châtelain), La Noce chez les petits bourgeois de Brecht (version Valentin Rossier), ou Les Estivants du Russe Maxime Gorki (mis en scène par Robert Bouvier, avec, entre nombreux autres, Jean-Luc Borgeat, Frédéric Lugon et Barbara Tobola).
En 1974, l’Autrichien Thomas Bernhard avait écrit Minetti, portrait de l’artiste en vieil homme pour un acteur emblématique de la scène allemande, Bernhard Minetti ; André Engel s’empare de la pièce et continue son travail commencé avec Michel Piccoli dans Le Roi Lear : Piccoli à Vidy, prometteur.
Une autre dramaturgie contemporaine, celle du Moche de Marius von Mayenburg, s’intéresse aux thèmes d’actualité que sont l’esthétique, le paraître, et la beauté : après Visage de feu (donné à Vidy en 2004), Gianni Schneider s’attaque pour la deuxième fois à un texte du jeune auteur de la Schaubühne. Et puis, les mots sont à l’honneur du spectacle L’Araignée de l’éternel : ils sont ceux, délectables, du regretté Claude Nougaro, mis en scène par Christophe Rauck.
Reste à mentionner, entre ces deux principales catégories, un dernier spectacle venant jouer les outsiders : (Self) service de la jeune Belge Anne-Cécile Vandale : « (Self) service est une tentative de théâtre-thriller où l’on suit un personnage en prise avec une situation dont elle ignore la véritable teneur. (Self) service est le lieu d’une enquête policière au cours de laquelle quatre femmes vont tour à tour être le policier et l’assassin.[…] La question centrale est celle de l’enfermement, de la faculté qu’a l’homme de s’isoler et de se multiplier à la fois […] »
La saison commence donc fort pour Vidy, d’autant plus qu’elle annonce déjà, pour sa seconde partie, du très beau linge.
Frank Dayen
Et Kleber Méleau ?
La seconde moitié de la morille sur l’affiche de Vidy revient à Kleber Méleau, même si sa programmation paraît un peu disproportionnée, tant l’institution de Philippe Mentha taille petit par opposition aux quatre salles de sa sœur Vidy.
Cela n’empêche pas le maître des lieux de se lancer dans un défi de taille : monter la pièce injouable de Shakespeare La Tempête, avec, entre autres, l’excellent Jacques Roman. Autre prise de risque, Eros y muerte, mélodies poétiques d’Angélique Ionatos. chanteuse grecque qui, en 1969, a fui la dictature grecque, Après avoir chanté les poètes contemporains, à 54 ans, Ionatos affiche 18 albums à son actif.