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Septembre Musical
Entretien : Tobias Richter

Quelques questions à Tobias Richter, qui préside aux destinées du Septembre Musical, et vient d’être nommé Directeur du Grand Théâtre de Genève.

Article mis en ligne le juillet 2008
dernière modification le 7 août 2008

par Eric POUSAZ

Récemment nommé Directeur du Grand Théâtre de Genève, Tobias Richter, qui préside également depuis deux saisons aux destinées du Septembre Musical montreusien, n’entend pas renoncer à ses fonctions vaudoises. Pour autant, bien entendu, que la Municipalité de Montreux lui maintienne sa confiance !... De fait, il semble même que cet homme fort occupé ait trouvé, dans le cumul des deux charges, une chance inespérée de mieux exploiter le potentiel artistique de l’Arc Lémanique.

Joint par téléphone dans son bureau de l’Opéra du Rhin à Düsseldorf, M. Richter s’enflamme tout de suite à l’idée des synergies artistiques romandes qu’il aimerait exploiter à fond quand il sera définitivement installé sur les bords du Léman, soit dès septembre 2009.

Tobias Richter
photo Odile Meylan

T.R. : La plupart des Romands ne semblent pas prendre conscience du formidable potentiel qui peut se développer dans leur région au plan artistique, et plus particulièrement musical. Les salles dont la Romandie dispose, – du Grand Théâtre d’opéra genevois aux lieux plus intimistes que sont le Théâtre du Jorat ou l’Opéra de Lausanne, sans oublier les salles de Vevey et Montreux ou du formidable écrin que représente Chillon, – permettent de concevoir une programmation qui s’étendrait sur plusieurs lieux. Pourquoi n’exploiterait-on pas, par exemple, la complémentarité des Concours musicaux de Genève et Vevey ? Pourquoi ne pas faire mieux circuler les ensembles instrumentaux dont s’enorgueillit chacune des villes du bord du lac ? Il ne s’agit pas pour moi de tout recommencer à zéro comme si rien ne s’était fait jusqu’à aujourd’hui, mais d’essayer d’obtenir une circulation plus rationnelle et plus systématique de tout ce qui peut se faire dans la région.

Pour en revenir à Montreux : comment voyez-vous l’avenir de la manifestation ?
Il s’agit d’abord de reconquérir un public qui a déserté après les turbulences des années passées, et cela n’est un secret pour personne ! Car c’est seulement lorsqu’un directeur de festival peut compter sur un public fidèle qu’il envisagera de donner un profil plus personnel à la manifestation dont il conçoit les programmes. Afficher un opéra de Beat Fürer en version de concert, comme je vais le faire cette année à Montreux, n’a de sens que si je peux compter sur un certain écho auprès de la population locale. Un directeur ne se fait pas plaisir en mettant à l’affiche ce qu’il veut voir ou entendre ; il doit plutôt créer le cadre nécessaire à l’élargissement progressif des limites du répertoire pour susciter, puis satisfaire la curiosité légitime des auditeurs. Cela dit, il serait bien sûr erroné de ne cultiver que les pans oubliés ou obscurs de ce dit répertoire.

Quelles sont donc les lignes de force du prochain rendez-vous musical montreusien ?
Comme par le passé, j’aimerais donner leur chance à un maximum d’ensembles suisses. Je trouve normal que les orchestres et musiciens de la région aient la possibilité de se produire devant leur public. Parallèlement, je pense tout aussi légitime d’inviter à Montreux les grands noms du moment pour qu’ils se produisent dans ces chevaux de bataille du répertoire que chacun aime à réentendre dans des interprétations dignes de leur rang. Nous continuerons donc à réserver une place de choix aux vedettes internationales.

Jean-Yves Thibaudet
© Decca Kasskara

N’est-il pas ardu de maintenir l’équilibre entre les valeurs sûres et les espoirs du monde musical de demain ?
C’est précisément le rôle d’une manifestation comme la nôtre : permettre d’entendre, sur un laps de temps relativement court, un monstre sacré et un jeune espoir lauréat d’un concours international ; en effet, une telle confrontation est enrichissante à tous les points de vue, ne serait-ce que par les surprises que de telles juxtapositions réservent. Les meilleurs concerts ne sont pas toujours ceux qui sont confiés aux interprètes qui exigent les cachets les plus élevés ou engagent les agents de publicité les plus efficaces… Le monde de la musique reste heureusement imprévisible.

Êtes-vous satisfait du programme que vous avez pu concocter pour cette prochaine édition ?
Il y a toujours des manques, et nul n’est mieux placé que le directeur d’une manifestation pour les voir. Par exemple, cette année, il n’y aura pas d’opéra en version scénique à Vevey, car je ne pouvais prendre ce risque en plus du concert réservé à l’ouvrage lyrique du compositeur suisse Beat Fürer, intitulé Fama, qui a déjà été récompensé d’un Lion d’or et méritait à ce titre de figurer à notre programme. Je dois faire des choix afin de rester dans les limites que m’impose mon budget. Mais je tiens à dire qu’il n’en ira pas de même lors des prochaines éditions.

Marek Janowski
© Yunus Durukan

Pensez-vous que votre fonction genevoise va vous permettre d’être plus audacieux sur ce plan lors des prochaines années ?
Il est difficile maintenant déjà de faire des pronostics. La saison du Grand Théâtre, conçue sur un schéma relativement rigide (huit opéras et deux soirées de ballets), ne peut pas être chamboulée pour enrichir l’affiche d’une manifestation voisine !

Le Festival de Montreux reste donc pour vous un engagement auquel vous entendez consacrer toutes vos énergies, indépendamment de votre poste genevois ?
Oui, j’aimerais plutôt regarder du côté de Lausanne, Verbier ou Gstaad pour rechercher des pistes afin d’élargir l’offre. Au stade actuel, je ne puis me prononcer encore, car je suis pour une saison entière encore directeur à Düsseldorf et Duisbourg (deux théâtres réunis sous le même nom et la même direction qui affichent plus de trois cents représentations par an !) et entend mener à terme mon contrat sans m’éparpiller à l’excès. Dans une année, j’y verrai sans doute plus clair, après avoir pris tous les contacts souhaités avec les personnes concernées par la musique sur les bords du Léman !

Propos recueillis par Eric Pousaz

Site du Festival : http://www.septmus.ch/