L’Orchestre de Chambre de Genève, une aventure débutée voilà 15 ans, célèbre l’arrivée d’un nouveau directeur musical fraîchement nommé : le jeune chef allemand de 26 ans, Patrick Lange. Mais pour l’heure, L’OCG présente un programme anniversaire riche, placé sous le signe du voyage et du plaisir.
Marcel Quillévéré, directeur artistique de L’OCG depuis l’automne 2006, a accepté de nous en dire plus. Entretien.
Pour commencer, comment L’OCG a su vous séduire, vous issu du monde lyrique et ancien adjoint de Renée Auphan à Marseille ?
Aussi étrange que cela puisse paraître, l’opéra est arrivé assez tard dans ma vie. En effet, j’étais davantage porté par la musique de chambre et la musique symphonique, en particulier le répertoire romantique allemand. Bien que l’opéra constitue aujourd’hui une part importante de mon parcours et une passion indéniable, c’est aussi un univers très particulier, où il arrive que l’on s’éloigne de ce qui est essentiel dans la musique : partager en toute simplicité. A l’époque où j’ai appris que L’OCG cherchait un directeur artistique, on annonçait la fermeture de l’opéra de Marseille pour travaux. Je suis venu à Genève et ai été d’emblée très impressionné par le niveau de l’orchestre. En outre, j’y ai retrouvé en quelque sorte mon idéal musical d’adolescent, c’est-à-dire un idéal humaniste et de partage. Le public était jeune, applaudissait, criait, c’était formidable ! J’ai de suite voulu relever le défi. Ma venue à L’OCG m’a ainsi permis de renouer avec mes premières amours et j’en suis ravi. L’OCG est un orchestre vivant, au sein duquel nous discutons et partageons énormément. Nous voulons faire de la musique autrement, de manière plus vivante et plus chaleureuse tout en évoluant avec notre temps.
Parlez-nous du concert donné à Valence en juin dernier, à l’occasion de la soirée inaugurale des régates finales de la Coupe de l’America, et qui sera repris les 27 et 29 septembre prochains ?
Ouvrir la saison par un événement est essentiel ! Pour Valence, il fallait présenter un projet qui soit à la fois populaire, représentant l’Espagne, avec un interprète de renom. Des airs de zarzuela nous semblait le programme rêvé afin de rendre hommage au formidable patrimoine espagnol. Pour donner vie à ces pièces, la célèbre soprano Maria Bayo nous a fait l’énorme joie de participer au projet. Ainsi, des airs de Geronimo Gimenez, Manuel Fernandez Caballero ou encore Ruperto Chapi ont côtoyé des œuvres de Georges Bizet et Hector Berlioz, sous la houlette du jeune chef valencien Rùben Gimeno. Un tel projet s’inscrit aussi parfaitement dans notre saison, puisqu’il présente des œuvres de la fin du baroque, en harmonie absolue avec l’identité même de l’orchestre. A présent, nous sommes impatients faire partager ce concert aux Genevois.
Cette année est celle des 15 ans de L’OCG et des 50 ans du Collegium Academicum. Comment allez-vous fêter l’événement ?
Afin de rendre hommage aux deux formations orchestrales, une soirée spéciale aura lieu le 19 octobre, à 20h30, au BFM. Ce sera l’occasion pour les musiciens de raconter l’histoire de ces deux ensembles à travers des œuvres qui les ont accompagnés tout au long de ces dernières années, comme le Concerto pour violoncelle (4e mouvement) de Schoeck, le Concerto de la Cantate BWV 17 de Bach ou le Concerto pour deux pianos et deux percussions de Bartók. Ils seront dirigés par Howard Griffiths et accompagnés par Maria Mettral, comédienne que nous apprécions tout particulièrement. Ce soir-là, l’orchestre créera également La fiancée du Nil, œuvre de Nader Abbassi, ancien bassoniste de l’orchestre, qui nous fera le plaisir d’être parmi nous. La soirée sera par ailleurs ponctuée de brèves interventions audio, tirées d’interviews de Robert Dunand. Quant à la soprano Bénédicte Tauran, nouvelle complice de L’OCG, elle racontera les débuts de L’OCG à l’opéra et s’illustrera dans des airs de Dvorák, Haendel et Moore.
Les collaborations de L’OCG sont essentielles, notamment avec l’Orchestre des Pays de Savoie (OPS) et le Concours de Genève.
En effet, une de nos missions principales est de représenter Genève. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons faire partie du Comité régional franco-genevois et collaborons depuis 15 ans avec l’ensemble savoyard. Une fois de plus, sa directrice artistique et musicale, la chef Graziella Contratto nous a concoté pour le 25 novembre (Victoria Hall, 17h) un programme étonnant incluant notamment des œuvres de Borodine et Sibelius. Le même soir, Nicholas Angelich, grand pianiste actuel, interprétera le célèbre Concerto pour piano N°2 de Rachmaninov. Participer aux concerts de la Ville est par ailleurs très important. Dans ce cadre, nous aurons le plaisir d’interpréter, en collaboration avec l’OPS et en co-production avec le Grand Théâtre et le Cercle Romand Richard Wagner, Rinaldo, Cantate pour ténor, chœur d’hommes et orchestre de Brahms (le 4 mai, Victoria Hall, 11h), œuvre rarement jouée. Nous sommes également heureux d’accueillir d’autres ensembles, comme La Sinfonietta de Bâle, qui créera une œuvre de la jeune Suissesse Helena Winkelmann (le 7 mars, au BFM, à 20h30) ou le Trio Wanderer qui interprétera des œuvres d’Hugo Wolf ou de Beethoven (le 1er avril, au BFM, à 20h30), sous la direction du chef slovaque Juraj Valcuha. Jouer aux côtés de chorales régionales s’avère également un point essentiel de notre démarche. En ce qui concerne le Concours de Genève, nous collaborons étroitement depuis quelques années, car il nous tient à coeur de soutenir les jeunes talents. Cet été, nous avons eu l’occasion de jouer aux côtés du pianiste Gilles Vonsattel, lauréat du Concours de Genève 2006. Ce fut un énorme succès ! Cette année, l’altiste Maxim Rysanov, pour lequel les musiciens de L’OCG ont véritablement eu un coup de cœur en 2005 lorsqu’il remporta le 2e Prix du Concours de Genève, sera de retour à Genève avec le Concerto pour alto de Bartók (le 13 mai, BFM, à 20h30). Cette soirée se transformera en événement, puisque ce sera Patrick Lange qui dirigera pour la première fois son devant le public genevois !
Pour terminer, parlez-nous de Patrick Lange, nouveau directeur musical de L’OCG. Qu’attend-on d’un jeune chef ?
Afin de trouver un nouveau chef, nous avons longuement débattu sur l’identité de l’orchestre ainsi que sur la continuité de son travail suite au départ de Michael Hofstetter. Lorsque Patrick Lange a accepté de venir en mai pour une séance de travail où il a notamment dirigé La nuit transfigurée de Schönberg, nous avons tout d’abord apprécié son enthousiasme. De plus, sa vision de la musique correspondait tout à fait à celle de l’orchestre, c’est–à-dire faire de la musique avec plus de vie qu’ailleurs et ce pour toute époque et tout style. Je trouve que dans une recherche absolue du style ou de l’époque, on perd parfois la chaleur et le naturel de l’œuvre, la pratique devenant trop empreinte d’un certain dogmatisme. Ce qui m’a plu chez Patrick Lange, c’est justement l’absence de dogmatisme, tout comme chez Michael Hofstetter d’ailleurs. Patrick Lange est un idéaliste, il est jeune et mène d’ores et déjà une carrière prometteuse. L’OCG a certes acquis une grande maturité ainsi qu’une grande solidité artistique au cours de ces dernières années, notamment grâce à Michael Hofstetter. Je crois cependant que nous ne devons pas tout attendre d’un directeur musical. Il faut au contraire qu’un véritable échange s’opère entre l’orchestre et son directeur musical, afin qu’ils puissent évoluer ensemble. L’orchestre se doit d’apporter autant que son directeur musical. C’est pourquoi, plus que sur un « routier », notre choix s’est porté naturellement sur un jeune. L’impact sera d’ailleurs d’autant plus grand puisque Patrick Lange est encore peu connu dans notre région.
Propos recueillis par Magali Jank