La deuxième partie de la saison comprend quatre créations et trois reprises de spectacles.
Le Théâtre Alchimic entame, cette année, sa deuxième saison. La renaissance de cet ancien cinéma dans lequel son ex-propriétaire, Jean Fournier, inventa le cinémascope, a été possible grâce à différentes aides, à la famille Fournier et, surtout, grâce à la volonté de son directeur, Pierre-Alexandre Jauffret et à la solidarité des ses amis qui l’ont aidé à bâtir une salle imaginée et dessinée par cet ancien metteur en scène d’opéra et de théâtre qui a façonné un lieu conçu pour des gens du métier, avec le souci du détail.
La passion qui anime ce lieu se reflète sur ses murs d’un rouge éclatant, ainsi que dans les paroles de notre interlocuteur, Pierre-Alexandre Jauffret, qui nous a reçu dans les coulisses de sa salle.
Qu’est-ce qui caractérise l’Alchimic ?
L’Alchimic est un théâtre pluridisciplinaire avec des professionnels aux commandes. Il est le résultat de la crise culturelle que nous traversons. Celle-ci est causée par le computer qui a rapproché toutes les cultures. Ce mélange a engendré un métissage. Le théâtre est le miroir de ce qui se passe dans le monde, et il doit l’être. Il utilise le langage du moment. La scène et la salle doivent se décharger. Soulever des questions sans donner de réponse. Je tiens donc à un théâtre qui traite notre quotidien, nos questions. Il faut préserver cela. Il s’agit de nous, maintenant et ici. L’opéra a perdu cela, car chaque œuvre est coproduite à Vienne, Milan ou Londres.
Comment choisissez-vous la programmation ?
Je crois profondément aux artistes genevois. J’aimerais que le public et les politiques se rendent compte de leur talent. Il faut imposer nos artistes. J’ai vécu plusieurs années à Paris et je peux affirmer que nous n’avons rien à leur envier. Je programme autant de spectacles que je peux, soit environ un tiers des demandes que je reçois. Ce qui m’a surpris c’est que j’ai reçu des demandes provenant des plus importants professionnels. Toutefois, je tiens à ce que ce théâtre puisse être une voie de passage pour les jeunes. C’est pourquoi, en fin de saison, l’école de Serge Martin donnera un vrai spectacle avec un vrai metteur en scène en la personne de Georges Guerreiro. Il me tient vraiment à cœur de mélanger des jeunes en devenir avec des professionnels confirmés. Si nous voulons développer le théâtre à Genève, il faut donner une opportunité aux jeunes.
Pouvez-vous établir un bilan de cette première partie de saison ?
La première partie s’est très bien passée. Je suis très enthousiaste et heureux. En un an et demi, nous avons augmenté notre fichier d’abonnés à notre lettre d’information de 300 à 2500 personnes. Il y a aussi une très grande augmentation de la fréquentation. Le public prend conscience de l’existence de cette salle. Le théâtre répond à un besoin.
Dans la précédente édition de Scènes Magazine, nous avions présenté Le Malade imaginaire, un mot sur cette expérience ?
C’est un très joli spectacle qui sera, je l’espère, repris. Les étudiants ont vu la genèse du spectacle, assistés aux répétitions et vu la finalité. Ils ont ainsi pu prendre conscience du processus de fabrication. L’adaptation était très contemporaine. Les jeunes ont été sensibles à une histoire qui leur semble être aussi la leur et à des personnages qui existent encore aujourd’hui. L’idée de Valentine Sergo d’utiliser le monde de la BD était d’une grande justesse. Je suis fier de ce spectacle qui s’est monté avec peu de moyens, mais avec un pur travail d’acteurs qui a bien servi cette pièce.
Présentez-nous la programmation de cette seconde partie de saison ?
La deuxième partie de cette saison 2009-2010 comprend quatre créations et trois reprises de spectacles qui viendront à l’Alchimic avant de partir en tournée. Par leur présence, des institutions telles que La Bâtie, Le Poche ou Vidy valident ainsi notre existence.
Nous commencerons donc en février avec Cœur à chœur, la reprise d’un spectacle qui a connu un grand succès. C’est un théâtre pluridisciplinaire frais et divertissant avec la présence, sur scène, de choristes et d’une cheffe de chœur qui joue, danse et chante. L’histoire raconte tout ce qui se passe au sein d’un groupe, tel que les relations avec la cheffe d’orchestre ou le trac avant de monter sur scène.
Au mois de mars, trois jeunes qui viennent de sortir du Conservatoire présenteront leur création, Stop the tempo !. Sur une mise en scène de Manu Moser, connu entre autres pour ses participations au Festival de rue de Chalon-sur-Saône, cette pièce est tirée d’un livre de Gianina Carbunariu, une auteure roumaine qui fait fureur en ce moment. L’histoire est à la fois formidable et dramatique pour cette génération qui a vécu l’abolition des valeurs reçues au profit des valeurs occidentales. Les trois protagonistes sont des paumés, victimes de ce changement. Ils cherchent à exister à travers des actes de vandalisme en débranchant tous les lieux publics pour observer la panique que cela engendre. C’est une réalité qui nous concerne, puisque nous nous marions avec l’Est pour faire l’Europe. La pièce comprendra de la musique contemporaine, un DJ et un texte qui peut être prétexte à des traitements variés.
A la fin du mois de mars, les spectateurs pourront revoir Hiroshima, mon amour, la reprise du spectacle de la Compagnie Krajewski qui viendra le perfectionner à l’Alchimic avant de partir en tournée. Après cela, Comock, d’après le livre d’Edmund Carpenter, mis en scène et joué par Jean-Louis Johannides, raconte l’histoire d’une famille d’esquimaux du XXème siècle qui nous démontre la façon la plus brut de vivre, à la recherche du stricte nécessaire humain. Cette pièce nous questionne sur les valeurs existentielles, puisque nous nous retrouvons totalement concernés par quelque chose qui nous paraît, au premier abord, étranger. Des vidéos et des sons agrémenteront le jeu de scène ainsi que le récit.
Au mois de mai, se jouera la reprise du grand succès du Poche, Le Répétiteur, sur une mise en scène de Françoise Courvoisier qui mélange l’art lyrique et la variété. La septième pièce au programme, Tu es là ?, de Javier Dante, un auteur argentin très en vue actuellement, sera une première mondiale en français. Le sujet traite de la communication entre les humains, ainsi qu’entre les êtres vivants et les fantômes. Des musiciens entoureront la distribution qui comprendra notamment Maria Mettral et Christian Gregori. Enfin, la dernière pièce de la saison, Espèces protégées, est une création présentée par l’Ecole Serge Martin. Il s’agit d’un travail autour de l’esprit de compétition, un thème qui concerne autant le public que les jeunes diplômés de l’école. La mise en scène de ce spectacle à l’écriture remarquable sera assurée par Georges Guerreiro.
Mis à part les spectacles à l’affiche, vous proposerez aussi des actions particulières ?
Oui, nous avons par exemple pris l’habitude d’ouvrir toutes nos répétitions générales aux personnes démunies. De même, en marge des représentations, nous organiserons des débats et des rencontres avec les différents artisans du spectacle. Le public pourra ainsi leur poser des questions et pousser plus loin la réflexion sur les thèmes abordés dans la pièce. Ainsi, pour le moment nous avons déjà programmé des conférences et des soirées autour des spectacles Stop the tempo ! (4 mars), Comock (21 et 24 avril) et Tu es là ? (29 mai). D’autres rendez-vous seront agendés au cours de la saison.
Propos recueillis par Julie Bauer
Informations et billetterie : http://www.alchimic.ch/