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11e édition des Jardins Musicaux
Cernier : Jardins Musicaux

La 11e édition des Jardins Musicaux propose 35 créations qui animeront la Grange aux Concerts au mois d’août.

Article mis en ligne le juillet 2008
dernière modification le 7 août 2008

par Caroline BRINER

Une œuvre est souvent une réponse aux questionnements que traverse son auteur, indique le co-directeur du festival neuchâtelois Valentin Raymond pour annoncer la couleur de la 11e édition des Jardins Musicaux. Les quelque 35 créations qui animeront la Grange aux Concerts au mois d’août prochain font ainsi toutes parties d’un moment spécifique de leur compositeur.

De la sonate de Ludwig van Beethoven à l’essai plus contemporain de Karlheinz Stockhausen, en passant par le spectacle de danse ou la lecture de textes, l’édition 2008 suit la lignée des précédentes : elle sera éclectique, populaire et généreuse en originalité.

Duos piano-percussion

Valentin Reymond
© Pierre-W. Henry

Voguant sur des eaux de Johannes Brahms, les onzièmes Jardins Musicaux font halte sur « de nombreuses ébauches et esquisses », révèle la co-directrice Maryse Fuhrmann. Sur incises du compositeur français Pierre Boulez en est un bon exemple. Cette œuvre contemporaine (1996-1998), qui sera interprétée par l’ensemble des Jardins Musicaux, est une sorte de commentaire de Incises, une pièce écrite deux ans plus tôt par le même auteur. Le son y voyage « en une joute virtuosissime » entre trois groupes de harpes et de percussions menés chacun par un piano. « Pierre Boulez est l’un des grands esprits du XXe siècle », estime le directeur artistique de la manifestation Valentin Reymond. « Et cette pièce en est la preuve. Elle ne fait aucune concession, mais est d’une grande séduction », assure-t-il.
D’autres discussions entre piano et percussion se tiendront à Cernier.
Dont Kontakte (1958-1960) de Karlheinz Stockhausen. Pensée comme une musique de chambre, cette œuvre avant-gardiste, qui inclut des bandes magnétiques, explore les relations entre les sons instrumentaux et les sons synthétiques. « La majeure partie de la musique électronique d’aujourd’hui est une reprise de cette œuvre », affirme Valentin Reymond, qui souligne que son interprétation ne requiert pas moins de huit haut-parleurs ! Disparu en décembre dernier, Karlheinz Stockhausen est un peu la pop-star de son genre. Sa musique, aussi charismatique que sa personnalité, fascine et dérange encore.

Poèmes de Ball et de Pessoa
Un deuxième mouvement avant-gardiste montera sur la scène de la Grange aux Concerts : le dadaïsme. Avec Cabaret Voltaire (2001-2002), les amateurs de syllabes magiques pourront ouïr des textes de l’Allemand Hugo Ball, célèbre poète qui avait ouvert les portes, à la Spiegelgasse 1 à Zürich, de ce café culturel d’importance européenne.

Marc Pantillon
© Pierre-W. Henry

Les fans de littérature auront aussi le loisir de découvrir la mise en musique d’écrits de Nadia Tuéni (Archives sentimentales d’une guerre au Liban), de Bernard Friot (journée pour les enfants) et, surtout, du quasi-schizophrène Fernando Pessoa, dont on a retrouvé pas moins de 27’000 manuscrits, signés sous 27 hétéronymes ! Une dizaine de textes de cet « écrivain-acteur » portugais, qui se plongeait dans « un autre moi » pour rédiger ses œuvres, seront chantés par la Franco-Portuguaise Bevinda, personnalité du nuevo fado, d’après la musique du compositeur Vasco Martins (Cap-Vert) et sur une mise en scène de Michel Kullmann.

Une création autour de Gogol
Pour sa création annuelle, l’Orchestre des Jardins Musicaux, dirigé par Valentin Reymond, rend lui aussi hommage à un écrivain : Nicolas Gogol. L’ensemble interprétera Le Mariage. Le premier acte avait été mis en musique par Modeste Moussorgski (XIXe). La suite a été prise en main – et tout à fait différemment – par un autre Russe, le jeune Valeri Voronov. L’ensemble, qui interprétera Le Mariage a posteriori au festival de la Bâtie et à la Saline royale d’Arc et Senans, rejouera par ailleurs la création de l’an dernier, Eight Songs for a Mad King.
L’atmosphère unique de la Grange aux Concerts plongera les auditeurs dans le monde de Russes (Sergeï Rachmaninov, Sergueï Prokoviev, Dmitri Chostakovitch), mais aussi dans celui de quelques intournables Français (Claude Debussy, Erik Satie, Maurice Ravel). Fidèle à son style melting-pot, le festival neuchâtelois accueillera encore un spectacle de flamenco transposé à la danse contemporaine, ainsi que la Messe de Notre-Dame de Guillaume de Machaut, toute première du genre à avoir été écrite par un seul auteur (XIVe siècle). Et que les amateurs de la messe dominicale n’aient crainte ! Elle aura bien lieu, en sus de la précédente.

Caroline Briner

Du 20 au 31 août 2008, Grange aux Concerts, Cernier (Neuchâtel).
www.jardinsmusicaux.ch