Alors qu’il avait trouvé une bonne vitesse de croisière dans la programmation de ses spectacles, Eric Vigié, pour sa troisième saison à la tête de l’Opéra de Lausanne, se trouve en face d’un problème d’importance.
Après bien des tergiversations, des reports et des discussions au niveau des autorités, la décision d’apporter des modifications importantes (et indispensables) au bâtiment du Théâtre Municipal a été finalement arrêtée. Conséquence, les trois prochaines saisons d’opéra à Lausanne doivent être délocalisées. Alors que le Grand Théâtre de Genève avait trouvé les moyens financiers pour s’offrir un nouveau théâtre dans le Bâtiment des Forces Motrices, l’Opéra de Lausanne devra se contenter de produire ses opéras dans des lieux existants mais pas toujours habitués ni adaptés à ce genre de spectacles. Mais à défaut de grives, on mange des merles. Avec le surcroît de travail pour la programmation et l’organisation des spectacles, les répétitions, la billetterie, et autres problèmes devant lesquels vont être confrontés le personnel et les artistes, il faudra toute la passion des gens de l’Opéra de Lausanne, pour que le public ne soit pas perturbé par ce chamboulement. Reste à espérer qu’il suivra le mouvement et restera fidèle à son opéra.
De plus, la disponibilité de ces nouvelles salles n’étant pas totales, l’Opéra de Lausanne a été contraint d’abandonner les récitals et concerts qu’il avait pris l’habitude de programmer tout au long des années précédentes. Qu’à cela ne tienne, la découverte de cette nouvelle saison réserve quelques perles dont le public n’aura pas à se plaindre.
Brillante ouverture avec le mythique opéra de Gaetano Donizetti, Lucia di Lammermoor . Pour chanter le rôle-titre, l’Opéra de Lausanne fait appel à la soprano roumaine Nicoleta Ardelean dont l’émouvante Gilda avait marqué le Rigoletto lausannois de 2005. A ses côtés le tenor coréen Alfred Kim (Edgardo) et le baryton italien Gabriele Viviani (Enrico Ashton) complètent la distribution des principaux rôles. Pas ou peu connu dans notre pays, l’excellent chef d’orchestre allemand Stefan Anton Reck dirige l’Orchestre de Chambre de Lausanne. ((Théâtre de Beaulieu, les 26, 28 et 31 octobre 2007).
Depuis le temps qu’ils en parlaient, c’est maintenant chose faite ! Jean-Charles Simon et Patrick Lapp, les incontournables animateurs d’Acqua Concert, l’émission journalière de musique classique débridée sur La Première, se lancent dans la mise en scène d’opéra. Ils ont la lourde tâche de diriger l’opérette de Johann Strauss Die Fledermaus (La Chauve-Souris). Nul doute qu’avec l’inventivité de ces deux compères, ce spectacle de fin d’année ne manquera pas de fantaisie. (Métropole, les 26, 28, 30 et 31 décembre 2007)
Le maintenant traditionnel spectacle pour enfants verra Les Moutons Bleus , une création dont on doit la musique à la compositrice vaudoise Hélène Zambelli sur un texte de Nicole Rouan. Deux moutons bleus font irruption dans un troupeau. Les nouveaux venus créent la zizanie. Ils seront traduits devant un tribunal. Cette comédie musicale traite, sur un mode léger et divertissant, du problème de l’exclusion. L’Orchestre l’Opéra de Lausanne, le Chœur de l’Opéra de Lausanne et le Chœur d’enfants de l’Ecole de Béthusy sont placés sous la direction musicale de la compositrice. (Métropole, les 23, 25, 26 et 27 janvier 2008 et au Théâtre de Vevey le 3 février 2008).
Nul se plaindra de la reprise de La Bohème de Giacomo Puccini dans la mise en scène de Claude Stratz avec la soprano ukrainienne Nataliya Kovalova (Mimi) qui s’est illustrée avec succès récemment dans un Don Carlos de Verdi à l’Opéra de Strasbourg. Le ténor Stefano Secco dont le Rodolfo vient de faire l’unanimité de la critique au Comunale de Bologne reprend ce même rôle à Lausanne. Le Sinfonietta de Lausanne sera placé sous la baguette de Mélanie Thiébaut dont le public lausannois a pu apprécier l’excellence de sa direction d’orchestre lors des récentes représentations de l’opéra Le Petit Ramoneur de Britten. (Théâtre de Beaulieu, les 22, 24 et 27 février 2008).
Avec Giulio Cesare de Händel, la saison lausannoise s’offre la venue de « la voix » de contre-ténor par excellence. En effet, le superbe Andreas Scholl sera Jules César aux côtés de la soprano hispanique Elena de la Merced (Cléopatre). Le contre-ténor Max Emanuel Cencic (Sesto) et la mezzo-soprano Stéphanie d’Oustrac (Cornelia) font aussi partie de cette prestigieuse distribution. Avec l’Orchestre de Chambre de Lausanne dirigé par le chef italien Ottavio Dantone, la mise en scène de cette production de l’opéra d’Oviedo signée Emidio Sagi, l’aussi directeur de l’opéra de Madrid, c’est à un spectacle de haut vol auquel l’Opéra de Lausanne convie son public (Métropole, les 18, 20, 23 et 25 avril 2008).
Cette première saison hors-les-murs de l’Opéra de Lausanne se termine avec le retour du célèbre Carmen de Georges Bizet. Dans une mise en scène d’Arnaud Bernard, celui-là même qui dirigea le plateau du superbe Rigoletto d’ouverture de la saison 2005/2006 de l’opéra de Lausanne, c’est, après Montréal et le Théâtre du Châtelet, la mezzo-soprano canadienne Nora Sourouzian qui reprend le rôle-titre à Lausanne. Don José de luxe, le ténor urugayen Carlo Ventre s’opposera à l’Escamillo du baryton-basse Jean-François Lapointe, le superbe Prince Danilo de la récente Veuve Joyeuse de Franz Lehar. Aux côtés de la très prometteuse soprano Brigitte Hool (Micaëla), le reste de la distribution sera tenu par les membres de l’EnVol. C’est le chef français Cyrill Diedrich qui dirige l’Orchestre de Chambre de Lausanne (Théâtre de Beaulieu, les 23, 25 et 28 mai 2008).
Jacques Schmitt