Vu et entendu : Madama Butterfly – La Traviata – Il trionfo del tempo e del disinganno.
Pier Luigi Pizzi est directeur artistique du Sferisterio Opera Festival depuis quatre éditions, et signe la majorité des productions à l’affiche.
Après un Don Giovanni en ouverture de festival, Pizzi réalise une Madama Butterfly, qui ne dépasse pas la bonne mais très classique représentation de répertoire, avec maison japonaise, jardin et cerisier obligés. Le vaste espace en plein air du Sferisterio, tout en largeur, permet de belles entrées et sorties scénographiées à cour et jardin, en particulier le défilé de femmes qui chantent bouche fermée entre les actes II et III. Et une originalité bienvenue : ce sont les deux femmes, Butterfly et sa servante Suzuki, qui se suicident au final.
Sous la direction musicale pleine de relief de Daniele Callegari, la belle qualité de l’orchestre – la Fondazione Orchestra Regionale delle Marche – est à souligner, aussi bien les solistes instrumentistes que l’ensemble.
La distribution vocale est dominée par Massimiliano Pisapia (Pinkerton), robuste ténor d’extérieur, dont le style n’est pas toujours très séduisant, tandis que Claudio Sgura (Sharpless) est assez transparent et Annunziata Vestri (Suzuki) rarement jolie de timbre. Quant à la soprano Alessandra Capici en Cio-Cio-San, on finit par oublier ses défauts – volume modeste, quelques instabilités et aigus tirés – devant son engagement personnel dans le rôle, et l’émotion qu’elle fait passer.
Violetta Devia
Une Traviata de grande valeur le lendemain, avec un trio vocal de premier ordre. Et tout d’abord la joie de retrouver Mariella Devia dans le rôle-titre, qui, si elle n’a pas gagné en graves ces dernières années (certaines notes sont réellement sourdes), n’a pas non plus sensiblement perdu dans le registre aigu ; pour preuve, sa note finale à l’acte I, conquérante et longuement tenue. Un peu à la peine sur certaines cadences en début de représentation, Devia reste une musicienne d’exception, et compose une touchante Violetta.
Alejandro Roy (Alfredo) fait sensation à son entrée en scène, avec un son et une prononciation qui évoquent un autre ténor espagnol, Giacomo Aragall, mais quelques instabilités et pertes de musicalité viendront ensuite nuancer cette première impression. Le baryton Gabrielle Viviani (Giorgio) est quant à lui une véritable révélation : projection, noblesse du timbre, autorité et style du baryton Verdi, il n’est malheureusement pas en permanence parfaitement dans le ton. Les seconds rôles sont généralement faibles, voire trop faibles, tandis que l’orchestre de la FORM est d’aussi remarquable qualité que la veille, sous la baguette du jeune Michele Mariotti. Si sa direction est fine et résiste aux effets faciles, avec des cymbales remarquablement retenues, les rythmes sont variés, jusqu’à une lenteur sans doute trop extrême, comme pour le chœur des zingarelle. Le metteur en scène Massimo Gasparon positionne le cœur de l’action sur un podium très étroit en regard de l’immensité du lieu, devant une façade qui a le mérite de favoriser l’acoustique. Ce décor est blanc d’un côté – les miroirs des actes I et III seront remplacés par de hautes portes-fenêtres pour le début du II – et rouge et or sur l’autre face pour la fête chez Flora.
Haendel pas à la fête
En clôture de cette édition, Haendel est célébré dans le superbe petit théâtre Lauro Rossi, mais la production de Pier Luigi Pizzi est loin d’être fastueuse : solistes en habits de ville et draps blancs jetés sur un canapé et quelques fauteuils pour tout décor. Le jeu des acteurs reste de plus assez prévisible : la Beauté s’admire dans le miroir, le Plaisir batifole avec celle-ci, etc. S’agissant d’un oratorio, le spectacle serait toutefois agréable avec une exécution musicale faisant oublier cette illustration visuelle assez cheap. Mais ce n’est malheureusement pas le cas, avec des instrumentistes issus de la FORM, enthousiastes mais encore assez loin du domaine d’excellence de la musique baroque, sous la direction de Guillaume Tourniaire qui réussit – c’est pourtant difficile dans un théâtre qui ne possède que 8 rangées de fauteuils au parterre ! – à couvrir les voix par moments (à sa décharge, il n’y a pas de fosse d’orchestre).
C’est surtout la distribution vocale qui est insuffisante : Cristina Baggio (Bellezza) et Alexandra Zabala (Piacere) sont acceptables, malgré des défauts de technique et de musicalité, alors que le timbre de Filippo Adami (Tempo) est franchement vilain, et la justesse trop rare. Petit miracle de la soirée, Sara Allegretta (Disinganno) chante joliment et juste, et chacune de ses interventions est un moment privilégié.
François Jestin
A Macerata - Sferisterio :
– Puccini : MADAMA BUTTERFLY : le 7 août 2009.
– Verdi : LA TRAVIATA : le 8 août 2009.
– Haendel : IL TRIONFO DEL TEMPO E DEL DISINGANNO : le 9 août 2009 à Macerata – Teatro Lauro Rossi