Vu et entendu : Zaira et Ezio en versions de concert, et C’était Marie-Antoinette, spectacle conçu par Jean-Paul Scarpitta.
par François JESTIN, Pierre-René SERNA
En ouverture du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Rousillon (ouf !), Zaira revient. Ou plutôt vient, puisque cet opéra d’un jeune Bellini, plus ou moins resté dans les cartons, n’avait jamais été donné en France. Le festival, qui s’est fait une spécialité de ce genre de louables résurrections, l’étrennait donc de concert.
Disons d’emblée que l’oubli où il était jusqu’ici confiné – hors un concert dans les années 80 avec une Ricciarelli déjà déclinante, dont témoigne un disque – ne constitue pas une totale injustice. Zaira, créé en 1829 à Parme, n’apporte guère plus à la gloire de Bellini. En ce sens qu’il y est déjà tout entier, mais sans le génie immanent qui nimbera Sonnambula ou Puritani. On note quelques beaux airs au second acte, et un magnifique ensemble au premier. Pour le reste, c’est une enfilade de traits habituels au compositeur. Il n’aurait écrit que cela que ce serait déjà beau, mais le Bellini de la maturité permet de s’abstraire de cet opéra de circonstance. Le livret est déjà éprouvant, qui narre les affres d’une chrétienne amoureuse d’un infidèle, avec coups de théâtre, quiproquos inhérents et final tragique obligés. Mais qu’importe après tout ! pour du bel canto, du moment que le prétexte suffit au chant. Ici enlevé, certes, mais aux ailes élimées.
Le festival de Montpellier a néanmoins visé assez juste avec la distribution vocale, sans laquelle Bellini ne saurait être. Ermonela Jaho possède certains moyens du périlleux rôle-titre : la projection, le phrasé, l’émission et la nuance. Mais pas tous : la voix flotte parfois et l’agilité ne semble pas son fort. À ses côtés, Varduhi Abrahamyan campe un mezzo solide, ténébreux quand il faut et assuré dans tous les registres. Donc, un excellent couple principal. Dans les rôles secondaires, Shalva Mukeria est un ténor un peu fruste pour Corasmino, de même que Wenwei Zhang et Carlo Kang, dont le style de basse et baryton belcantistes laisse parfois à désirer. Mais ce ne sont que des appoints.
L’Orchestre de Montpellier et le Chœur de la Radio lettone, sous la battue précise d’Enrique Mazzola (un spécialiste talentueux du répertoire lyrique italien, malgré son origine espagnole, que l’on avait déjà goûté dans ce répertoire) sonne en revanche magnifiquement. Peut-être un peu trop, quand on songe que ce type d’opéras n’était pas pour ce genre de déploiement choral et instrumental. Mais notre époque et la grande salle Berlioz du Corum montpelliérain, le veulent. (Un disque est prévu, qui en portera témoignage et complétera judicieusement la discographie bellinienne.)
Pierre-René Serna
Ezio
C’est dans la vaste salle du Corum qu’est donné, pour la première fois en France, Ezio, en forme de concert. A la différence de beaucoup d’œuvres programmées par le Festival, totalement inconnues du public, cet opéra de Haendel a fait l’objet d’une toute récente parution discographique (3 CD Archiv Produktion, direction Alan Curtis). L’acoustique du lieu n’est vraiment pas favorable à la musique baroque, c’est regrettable d’autant que le Kammerorchester Basel, sous la direction d’Attilio Cremonesi, fait belle impression : attaques précises, nuances variées, et une masse orchestrale qui a au moins l’avantage de ne jamais couvrir les voix.
La distribution est très agréable, sans qu’aucun chanteur ne déclenche toutefois l’hystérie chez les spectateurs : Veronica Cangemi (Fulvia) est idéalement poétique dans les passages lents, Sonia Prina (Valentiniano) possède l’agilité et un timbre sombre tout à fait destiné aux répertoires de travestis, tandis que Kristina Hammarstroem (Onoria) nous fait entendre de jolies couleurs, même si les vocalises lui semblent moins naturelles. Chez les hommes, le contre-ténor Lawrence Zazzo est très engagé dans son rôle-titre, et fait des merveilles dans les parties élégiaques, alors que la justesse fait trop souvent défaut à Vittorio Prato (Massimo), et que les vocalises d’Antonio Abete (Varo) ne sonnent pas toujours très nobles.
Et pourquoi donc, pour l’occasion de cette première, la partition n’a-t-elle pas été jouée en intégralité (au moins un air de Massimo et deux pour Ezio sont coupés) ?
A noter que ce concert est programmé au Théâtre de Champs-Elysées à l’automne.
C’était Marie-Antoinette
Habituel metteur en scène à Montpellier, durant la saison et pendant le festival, Jean-Paul Scarpitta a conçu cette année le spectacle C’était Marie-Antoinette, depuis son arrivée à la Cour du roi de France, jusqu’à ses dernières heures. La représentation est un mélange de textes parlés, par Natacha Régnier (qui bute malheureusement sur les mots une bonne dizaine de fois dans la soirée) et d’extraits d’opéras de l’époque, composés par Rameau, Grétry, Gluck, Piccini, Salieri, ...
Si cette somptueuse musique n’est évidemment pas à mettre en cause (quoi que Fabio Biondi et sa formation l’Europa Galante ne rendent pas forcément toute la beauté, la profondeur, la majesté de ces extraits), les airs arrivent souvent mal à propos après un long soliloque de la Reine. L’enchaînement entre déclamation et chant ne fonctionne pas bien, et c’est plus généralement la cohérence du spectacle qui est en jeu. Il est sans doute abusif de juger cette soirée sans queue ni tête, mais le jeu de mot à propos de celle de Marie-Antoinette est tentant...
Visuellement Scarpitta est dans son élément, le faste de la Cour de Versailles étant plutôt concentré dans les costumes que dans les décors. Côté chant, les chœurs sont très décevants, et les solistes féminins Sonya Yoncheva et Stéphanie d’Oustrac sont bien meilleurs que Manuel Nunez Camelino et Ivan Geissler.
François Jestin
Haendel : EZIO : le 28 juillet 2009 au Corum de Montpellier
« C’était Marie-Antoinette » : le 29 juillet 2009 à l’Opéra-Comédie de Montpellier