La vie lyrique parisienne est à l’heure des changements. Aperçu.
Nouveautés à l’Opéra de Paris, avec la nomination de Nicolas Joel. Quant au Châtelet, il poursuit sa route à la croisée des genres. Au Théâtre des Champs-Élysées, Dominique Meyer effectue sa dernière saison, tandis que l’Opéra-Comique continue sur la voie du succès, avec Jérôme Deschamps aux commandes. En ce qui concerne la salle Pleyel, elle se confirme désormais comme la grand salle traditionnelle des concerts de Paris.
OPÉRA DE PARIS
Nouvelle ère et nouveaux airs à l’Opéra de Paris, avec la nomination de Nicolas Joel à la tête de la grande boutique (succédant à Gerard Mortier, appelé aux destinées du Teatro Real de Madrid ; voir la saison lyrique madrilène). Les changements sont déjà notables : un certain retour à l’opéra français et au bel canto italien, des mises en scène plus traditionnelles et l’omniprésence, promise saison après saison, de Wagner. Ce qui était un peu la marque du Capitole de Toulouse, d’où provient Joel. On relèvera toutefois qu’il a été avancé que la Tétralogie, qui commence son cycle à l’Opéra de Paris, n’y avait pas été donnée “ depuis 1957 ”. Soit. Mais convient-il de préciser que depuis cette date diverses productions complètes ont été vues à Paris : deux successives, à dix ans de distance, au Châtelet ; une autre au Théâtre des Champs-Élysées ; deux différents cycles complets, mais de concert, sous l’égide de Radio France. Enfin, dans les années 80, l’Or du Rhin et la Walkyrie n’en ont pas moins été représentés à Garnier. Et ce, pour ne s’en tenir qu’aux 30 dernières années. Sachons donc nuancer, et replacer dans leur contexte, les affirmations – vraies, nonobstant – de la nouvelle direction de l’Opéra de Paris.
Mireille qui ouvre la saison lyrique est en soi tout un manifeste : le retour – bienvenu – d’un opéra français qui fit les beaux soirs de nos grands-mères, le retour donc de Gounod, mais aussi de Marc Minkowski dont on attend beaucoup dans ce répertoire. Toujours dans la veine française, Werther revient, qu’on avait déjà vu cette saison à Bastille – ce qui fait une constance peut-être par trop insistante – toutefois dans une nouvelle production. La Dame du lac de Rossini, Andrea Chénier de Giordano et la Somnambule de Bellini donneront la note belcantiste. L’Or du Rhin et la Walkyrie entament ainsi l’Anneau du Niebelung, appelé à s’achever par ses deux dernières Journées la saison prochaine, sous l’égide du nouveau directeur musical de l’Opéra de Paris : Philippe Jordan. Relevons enfin, parmi les nouvelles productions, une rareté particulièrement bien choisie : la Ville morte de Korngold. Les reprises quant à elles permettront de ne pas totalement rompre avec l’ancienne politique artistique, notamment pour Wozzeck et la Petite renarde rusée que l’on aura plaisir à revoir.
Programme : Mireille jusqu’au 14 octobre, Garnier ; Wozzeck jusqu’au 2 octobre, Bastille ; Le Barbier de Séville jusqu’au 23 avril, Bastille ; La Ville morte du 3 au 27 octobre, Bastille ; L’Élixir d’amour du 10 au 25 octobre, Bastille ; La Bohème du 29 octobre au 29 novembre, Bastille ; Salomé du 7 novembre au 1er décembre, Bastille ; Platée du 2 au 30 décembre, Garnier ; Andrea Chénier du 3 au 24 décembre Bastille ; Werther du 14 janvier au 4 février, Bastille ; Idomeneo du 20 janvier au 13 février, Garnier ; La Somnambule du 25 janvier au 23 février, Bastille ; Don Carlo du 11 février au 14 mars, Bastille ; L’Or du Rhin du 4 au 28 mars, Bastille ; Faust de Philippe Fénelon du 17 au 31 mars, Garnier ; Billy Budd du 24 avril au 15 mai, Bastille ; Les Contes d’Hoffmann du 7 mai au 3 juin Bastille ; La Walkyrie du 31 mai au 29 juin, Bastille ; La Dame du Lac du 14 juin au 10 juillet, Garnier ; La Petite Renarde rusée du 25 juin au 12 juillet, Bastille.
CHÂTELET
Quelques ponctuels opéras, au milieu de diverses comédies musicales : le Châtelet poursuit sa route à la croisée des genres pour ses “spectacles”. D’opéras au sens traditionnel, il n’y aurait guère que la Flûte enchantée et Norma. S’ajouterait Treemonisha de Scott Joplin, opéra américain, ou plutôt afro-américain, dont Paris découvrira les accents de jazz.
Magdalena, d’Heitor Villa-Lobos, serait aussi une œuvre charnière, entre opéra et comédie musicale. Quant à la Mélodie du bonheur de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein, A little Night Music de Stephen Sondheim et les Misérables de Claude-Michel Schönberg (rien à voir avec Arnold !) ce sont des comédies musicales pur jus, mais qui constitueront autant de découvertes pour les ignorants de ce répertoire (dont l’auteur de ces lignes). Ajoutons une curiosité, la Flûte enchantée, mais cette fois transcrite par les marimbas d’une troupe venue d’Afrique du Sud. Puisqu’ainsi le Châtelet n’hésite pas à prendre des chemins de traverse.
Programme : La Flûte enchantée (Scarpitta / Foster ; les 1er, 3 et 4 octobre) ; La Flûte enchantée - Impempe Yomlingo (Dornford-May / Dyantys ; du 8 au 18 octobre) ; La Mélodie du bonheur (Sagi / Farell ; du 6 décembre au 3 janvier) ; Norma (Mussbach / Spinosi ; du 18 au 28 janvier) ; A Little Night Music (Blakeley / Stockhammer ; du 15 au 20 février) ; Treemonisha (Dornford-May / Abdullah ; du 31 mars au 9 avril) ; Magdalena (Whoriskey / Rouland ; du 18 au 22 mai) ; Les Misérables (du 26 mai au 4 juillet).
THÉÂTRE DES CHAMPS-ÉLYSÉES
Dernière saison au Théâtre des Champs-Élysées de Dominique Meyer, appelé à être remplacé à son poste directorial par Michel Franck à partir de septembre 2010 (époque où Meyer présidera l’Opéra de Vienne). Puisqu’ainsi la vie lyrique parisienne est à l’heure des changements. L’opéra baroque occupe une place de choix, mais cette fois davantage dans les concerts que les productions. Celles-ci, au nombre de huit, un net progrès par rapport aux années précédentes, cligneront aussi du côté du répertoire obligé (Mozart et sa trilogie Da Ponte, Verdi et Rossini), avec un clin d’œil original à Kurt Weil. Une quinzaine d’opéras de concert qui se bousculent jusqu’en décembre, apporteront la touche baroque, avec la poursuite du cycle Haendel entrepris les saisons précédentes, mais aussi vers tous les azimuts : de Grétry, Wagner à Berg (avec Wozzeck, en concurrence directe avec Bastille, puisque désormais les titres lyriques parisiens n’hésitent pas à se chevaucher).
Productions : les Sept Péchés capitaux et Mahagonny Songspiel (Deschamps / Rohrer ; les 12 et 14 septembre) ; La Cenerentola (Brook / Güttler ; les 30 janvier, 1er, 3 et 5 février) ; Falstaff (Martone / Gatti ; les 24, 26, 28 février et 2 mars) ; La Calisto (Makaïeff / Rousset ; les 5, 7, 9, 11 et 14 mai) ; Le Nozze di Figaro (Constant / Malgoire ; les 25, 28 et 29 mai) ; Cosi fan Tutte (Constant / Malgoire ; les 2, 3 et 5 juin) ; Don Giovanni (Constant / Malgoire ; les 7, 9 et 11 juin) ; Semele (McVicar / Rousset ; les 30 juin, 2, 4 et 6 juillet).
De concert : Cosi fan Tutte (Rhorer ; le 28 septembre) ; Xerse (Correas ; le 29 septembre) ; Rinaldo (Dantone ; le 2 octobre) ; Wozzeck (Salonen ; le 12 octobre) ; Faramondo (Fasolis ; le 17 ocotbre) ; Andromaque (Niquet ; le 18 octobre) ; Israël en Égypte (Cao ; le 19 octobre) ; Tristan et Isolde, deuxième acte (Harding ; les 5 et 7 novembre) ; Don Pasquale (Muti ; le 9 novembre) ; Didon et Énée (Stern ; le 13 novembre) ; Ezio (Cremonesi ; le 14 novembre) ; Berenice (Curtis ; le 21 novembre) ; Athalia (Goodwin ; le 2 décembre) ; Paulus (Masur ; les 3 et 5 décembre) ; La Bohème (Fish ; le 15 décembre) ; Tancrède (Malgoire ; le 16 décembre).
OPÉRA-COMIQUE
Depuis sa nouvelle direction artistique par Jérôme Deschamps, l’Opéra-Comique semble emporté par son succès. Tant mieux ! mais souhaitons que le public n’en vienne pas aux mains pour pouvoir glaner une place de plus en plus difficile après une saison souvent à guichet fermé. Rançon perverse d’une programmation rigoureuse et exigeante.
Fortunio de Messager ouvre le bal (Podalydès / Langrée / Orchestre de Paris ; les 10, 12, 14, 16, 18 et 20 décembre) ; The Fairy Queen de Purcell suit et devrait attirer les foules (Kent / Christie / Cohen / Arts florissants ; les 16, 18, 19, 21, 22 et 24 janvier) ; Béatrice et Bénédict, l’opéra-comique de Berlioz fait son grand retour sur une scène parisienne, où la dernière production, en ce même Opéra-Comique, remonte à 1966 (Jemmett / Krivine / Chambre philharmonique ; les 24, 26, 28 février, 2, 4 et 6 mars) ; l’Amant jaloux de Grétry revient aussi (Rousseau / Rhorer / Cercle de l’harmonie ; les 15, 17, 19 et 21 mars) ; tout comme Zémire et Azor du même Grétry, en coproduction avec Royaumont (Rübner / Novelli / Ensemble Lunaisiens ; les 16 et 18 mars) ; Mignon d’Ambroise Thomas devrait charmer nos arrière-grand-mères (Benoit / Roth / Orchestre philharmonique de Radio France ; les 10, 12, 14, 16 et 18 avril).
Favart sera honoré pour le tricentenaire de la naissance du dramaturge qui fonda les bases du genre de l’opéra-comique français, avec un spectacle réunissant la Fille mal gardée et la Provençale (Impe / Ensemble des Menus-Plaisirs du Roy ; le 13 avril en matinée et en soirée) ; les Boulingrins, opéra-bouffe de Georges Aperghis, constituera une création mondiale (Deschamps / Deroyer / Klangforum Wien ; les 12, 14, 16, 18 et 20 mai) ; enfin Pelléas et Mélisande ferme le ban, dans les lieux même où l’opéra de Debussy avait vu sa création (Braunschweig / Gardiner / Orchestre révolutionnaire et romantique ; les 14, 16, 18, 22, 24, 27 et 29 juin).
PLEYEL, CITÉ DE LA MUSIQUE
Pleyel se confirme désormais comme la grand salle traditionnelle des concerts de Paris. À travers une programmation riche et variée, signalons les opéras donnés en version de concert : Theodora de Haendel (McCreesh / Gabrielli Consort ; le 5 octobre) ; Armida de Vivaldi (Alessandrini / Concerto Italiano ; le 10 octobre) ; Susanna de Haendel (Christie / Arts florissants ; le 20 octobre) ; la Flûte enchantée (Jacobs / Akademie für Alte Musik ; le 22 novembre) ; King Arthur de Purcell (Rousset / Talents lyriques ; le 23 janvier) ; Giulio Cesare de Haendel (Christie / Arts florissants ; le 9 février) ; le Couronnement de Poppée de Monteverdi (Christie / Arts florissants ; le 30 mai) ; Eugène Onéguine de Tchaïkovski (Sokhiev / Orchestre du Capitole de Toulouse ; le 1er juin) ; Genoveva de Schumann (Märkl / Orchestre de Lyon ; le 7 juin).
La Cité de la Musique, sous l’égide du même directeur, l’entreprenant Laurent Bayle, joue pour sa part la carte de l’audace, avec une programmation échevelée qui associe tous types de musiques : la musique savante, la musique contemporaine, les musiques dites “du monde”, la variété mais ambitieuse, les spectacles à vocation musicale. Bayle appelle cela musique “glocale”, de globale et locale, pour différencier sa programmation d’une mondialisation mal conçue. Pour partir à la découverte donc, concert après concert, spectacle après spectacle.
Pierre-René Serna