Entretien avec Jean-Christophe De Vries, qui dirige la destinée du festival.
Cully. Un village pittoresque au bord du Lac Léman qui accueille tous les ans le Cully Jazz Festival, fondé en 1983, et le Festival Cully Classique dont la 7ème
édition aura lieu du 21 au 27 juin 2010. Moins connu que son aîné, cet événement musical en plein essor, fondé et dirigé avec métier et passion par le jeune
Jean-Christophe De Vries, combine concerts, conférences et dégustations de vins dans les caveaux du bourg. Le tout, dans un cadre idyllique.
Ombre et Lumière
C’est le thème autour duquel s’articulent les six concerts au programme de cette année. « Lorsqu’on parle de musique, on convoque fréquemment un vocabulaire qui tourne autour de l’idée de lumière. On dit que tel passage est sombre, noir, ou au contraire lumineux, clair, éclatant », explique Jean-Christophe De Vries. Pour éclairer cette approche, des introductions aux concerts données par divers musicologues ont lieu tous les soirs dans un cadre intime. Une conférence est également prévue le dimanche après-midi. Cet encadrement musicologique est très important aux yeux du directeur artistique : « Le but de ce festival est d’essayer de faire revivre ce que nous, qui aimons et vivons à travers la musique, pouvons ressentir à l’écoute d’une œuvre. C’est la raison pour laquelle nous proposons ces activités. Dans l’espoir qu’elles soient autant appréciées par le néophyte que par le passionné de musique classique ».
Piano, lied et quatuor à cordes
Ce qui frappe au premier coup d’œil, c’est le profil très marqué, le caractère propre de chaque concert. Trois d’entre eux s’organisent autour d’un instrument ou d’un genre. Cédric Tiberghien et Andrei Korobeinikov viendront illuminer de leur jeu une soirée dédiée au piano avec des œuvres de Debussy, Ravel et Scriabine (les fameuses sonates N° 7 Messe blanche et N° 9 Messe noire !). Le lied sera à l’honneur avec le cycle Die Winterreise de Schubert, une œuvre romantique tout en clairs-obscurs, interprétée par le baryton Roman Trekel et le pianiste Fabrizio Chiovetta. Le concert de clôture quant à lui – présenté par Philippe Albèra – propose de suivre la course du soleil au son du quatuor à cordes : Le lever du soleil de Haydn (quatuor opus 74 N°4) sera suivi des Métamorphoses nocturnes de Ligeti. La dernière pièce de la soirée, le Quatuor N°15 de Chostakovitch, à la tonalité très sombre, ne laissera certainement personne indifférent. Une longue méditation fuguée ouvre l’œuvre. Le registre est grave. Les nuances piano. 35 minutes de musique, sans pause entre les différents mouvements. Un chef d’œuvre du genre.
Concerts En AVANT et VIS-A-VIS
La jeune génération est une priorité du Festival. C’est à son attention que Jean-Christophe De Vries a élaboré deux projets. EN AVANT ! est un projet pédagogique qui propose des activités réservées aux écoles de la région. Le concert du mardi, destiné aux familles, en fait partie. Cette année, la conteuse Alix Noble-Burnand et le pianiste Guy-François Leuenberger seront les interprètes d’un conte musical qui raviront petits et grand s : « C’est pour les 7 à 95 ans », se réjouit le jeune homme. « Alix Noble-Burnand est une conteuse extraordinaire. Ses histoires sont intelligentes, pleines d’émotions. C’est de la haute-voltige ».
VIS-A-VIS confronte des étudiants en fin de conservatoire à des artistes, interprètes et compositeurs, de renom. « Nous avons peu d’expérience avec ce projet, car il a débuté l’année passée, explique Jean-Christophe De Vries. Mais il a très bien marché. C’est une grande stimulation pour les étudiants. Cette année, il n’y a pas des créations prévues. Mais dès 2011, ce sera le cas ». Le pianiste Gérard Wyss et le compositeur William Blank sont les musiciens qui encadreront toute la semaine deux groupes de trois et quatre étudiants. Ces répétitions – publiques – aboutissent au concert du samedi. Au programme, des pièces de William Blank… et de Schumann : « Schumann est très important pour William Blank. Une grande partie de sa pensée musicale vient de ce compositeur. Cela ne s’entend peut-être pas tout de suite (rires), mais en tout cas, c’est ce qu’il dit ».
Film muet et accordéon
Thématique oblige, les frères Lumière ne pouvaient être absents de cette édition 2010. Ceci d’autant plus que son directeur est un passionné des films muets : « J’adore ce monde du cinéma de l’époque et ces pianistes, des gens comme Chostakovitch, Louis de Funès, etc. qui accompagnaient ces films ». A l’affiche de cette soirée un peu spéciale, Les lois de l’hospitalité (1923) du grand Buster Keaton, suivi par un concert nocturne autour de l’accordéon. Là encore, un coup de cœur de Jean-Christophe De Vries qui a commencé à en jouer l’année dernière : « Il faut rendre ses noblesses à ce magnifique instrument. Bien sûr, la valse musette et le grand tango lancinant font partie du répertoire de l’accordéon. Mais à travers les effets sonores incroyables qu’il peut produire, c’est aussi un instrument qui a inspiré de nombreux compositeurs contemporains ». A l’image de Gubaidulina (l’extraordinaire De Profundis !), Hersant et Semjonov, à découvrir dans l’atmosphère très particulière de l’église de Notre-Dame.
Propos recueillis par Claire Brawand
Plus de détails sur : http://www.cullyclassique.ch/