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Saison 2008-2009 du Forum Meyrin
Meyrin, Forum : Résonance

La saison 08/09 ne propose pas moins d’une cinquantaine d’événements se faisant écho les uns aux autres autour de trois thèmes principaux.

Article mis en ligne le septembre 2008
dernière modification le 26 septembre 2008

par Sylvia MEDINA-LAUPER

Si la vie est un grand théâtre, le Forum de Meyrin – lieu d’art multidisciplinaire offrant un contexte architectural si vaste et si divers – en est la digne réplique magnifiée. Ainsi la saison 08/09 ne propose pas moins d’une cinquantaine d’événements se faisant écho les uns aux autres autour d’un des trois thèmes suivants ; l’amour et ses déconvenues, le paradoxe de l’esprit germanique, et enfin les révoltes qui font évoluer notre sort.

Par ses différents arts de la scène, le TFM a pour objectif d’approfondir le regard que l’on porte sur l’art, la culture et le monde afin d’ouvrir le débat sur des questions de société. Cette année, l’intérêt s’est porté sur trois thémas principalement, ainsi que sur la question épineuse de l’universalité des droits humains.
Les tracas d’Eros II, du 8 octobre au 14 décembre 08, poursuit son investigation (souvenez-vous du 1er volet de la saison précédente) autour de la naissance du désir, jusqu’à la dysharmonie du couple. Une première création sur Le jeu de l’amour et du hasard est montée par Jean Liermier, en collaboration avec le théâtre de Carouge. On continue le marivaudage amoureux avec un tout autre style, celui de L’odyssée des Epis Noirs , farce musicale absurde et décalée évoquant le ménage à trois dont Charlie Hebdo écrit que «  c’est souvent très drôle, faussement naïf, et vraiment pas con ». Quoi de plus naturel que de retrouver Monique et Roger, Alias Claude-Inga Barbey et Patrick Lapp dans Bergamote(s) pour mieux appréhender les affres de ceux qui adorent se détester ? Dans la même veine, Les petits arrangements , toujours de Miss Barbey, nous montrent comment « le prince charmant se transforme en vilain mari  » (Claude Nougaro). Une autre pièce, douce amère pour illustrer la rupture amoureuse et ses conséquences, jouée par un duo délicat de comédiens roumains, c’est Je m’en vais .
Deux films encore sur les amours contrariées ; un pur chef-d’œuvre de 1923 (muet donc) malheureusement peu connu du public, Cœur fidèle de Jean Epstein qui interroge sur le choix à opérer entre trouver l’Amour ou trouver la stabilité. Enfin La Belle et la Bête , de Jean Cocteau qu’on ne présente plus. A côté de ces projections, un café des sciences : Nous avons la joie de vous annoncer notre mariage questionnera sur le grand mystère qui entoure l’indémodable frénésie que nous avons tous pour cette sacro-sainte institution.

« Le neveu de Wittgenstein » avec Serge Merlin, les 3 et 4 février 2009
@ Philippe Delacroix

Bien plus sérieux, lyrique et finalement tragique, la deuxième Théma aborde Geist ou l’esprit germanique en débat, du 6 janvier au 8 mars 09, dans le but de nous apporter quelques pistes concernant le paradoxe de la culture germanique. Comment l’Allemagne, pays de l’art, du Romantisme, de la philosophie a-t-elle pu verser dans l’horreur du Nazisme ? C’est la question que pose l’écrivain Karl Kraus : « Comment le peuple des poètes et des penseurs a-t-il pu devenir celui des juges et des bourreaux ? » Car derrière la tragédie du XX ème siècle, se cache – et c’est à peine croyable ! – une tradition d’humanisme.
Le Forum de Meyrin propose entre autres, et avec la collaboration de l’Université de Genève, des goûters et un café des sciences tournés vers le grand réformateur Martin Luther, théologien du doute incarnant l’âme allemande et ayant inspiré les grandes spécificités de la Réforme genevoise ; Grands hommes, qui donc fûtes-vous ? La Réforme revisitée.
Toujours pour mieux s’imprégner du génie germanique par le biais de ses mythes les plus fameux, allez voir la version sonorisée et théâtralisée de Faust , le film expressionniste allemand de Murnau datant de 1926 et bien sûr inspiré de l’œuvre de Goethe. C’est une troupe de Marseillais, le Cartoun Sardines qui réussit l’exploit de conserver toute la force à cette rencontre entre le vieillard de convictions et Méphisto. Une autre pièce comme Hamlet , une revisitation iconoclaste sous forme de cabaret, mis en scène par le très brechtien Matthias Langhoff. Ou encore l’incontournable Woyzeck de Georg Büchner mis en scène par le Suisse Andrea Novicov. Enfin le film à interprétation variable, Les Nibelungen , de l’Autrichien Fritz Lang. Certains voient dans Siegfried un héros contestataire, l’image d’une jeunesse insoumise à l’injustice, d’autres, comme ce fut le cas pour un certain Adolf H., le prennent comme « une épopée teutonique destinée à rendre sa fierté à un peuple vaincu ».
L’exposition qu’il ne faut rater sous aucun prétexte, Notre Combat d’après le livre-programme du petit moustachu, revu et amplement corrigé par Linda Ellia. Cette photographe plasticienne réagit épidermiquement après lecture de Mein Kampf et décide de déchirer les pages une à une pour les confier à d’autres artistes (Bilal, Willem, Miquel Barcelò…), à des quidams, à des enfants qui redessinent, coupent collent par dessus leur interprétation. Le résultat, très esthétisant par ailleurs, est enfin visible – en première mondiale – à la galerie du Levant du TFM. Elle conjure l’oubli par ce palimpseste de plus de 600 pages.

Et sans ambages, la troisième théma s’appelle Changer la vie ou le soir en grand ! du 4 mars au 9 mai 09. Changer la vie, s’intéresse à la soif de rébellion et d’utopie qui habite l’homme.
« Sommes-nous humains dans la mesure où nous parvenons à nous projeter hors de nous-mêmes, hors de notre intérêt égoïste ? La dignité de l’être tient-elle à son intranquillité ? La révolte est-elle un humanisme ? ».
Des spectacles promettent d’apporter leurs réponses, comme Veillons et armons-nous en pensée de François Chattot et Jean-Louis Hourdin qui reprennent avec humour les voix des subversifs Marx, Engels, Brecht. Et le concert de fado de Cristina Branco évoquant la Révolution des œillets. L’exposition Révolutions nous permet de parcourir un demi-siècle de révolutions à travers l’agence Magnum Photos. Enfin des rencontres, puisque Ignacio Ramonet et Toni Negri nous offriront : Un autre monde est-il possible ? et Du peuple à la multitude.

Sylvia Medina-Lauper

022 / 989.34.34, www.forum-meyrin.ch