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Chorégies d’Orange
Orange : Chorégies 2009

Magnifique édition, avec les remarquables prestations de Patrizia Ciofi, Roberto Alagna et Béatrice Uria-Monzon, entre autres.

Article mis en ligne le septembre 2009
dernière modification le 22 septembre 2009

par François JESTIN, François LESUEUR

Trois ans après ses débuts à Orange dans Lucia di Lammermoor, Patrizia Ciofi était de retour aux Chorégies pour interpréter une héroïne qui lui colle
à la peau depuis plusieurs années : La Traviata. Nouvel exploit pour la cantatrice qui, malgré le gigantisme du lieu, a su toucher l’auditoire droit au cœur et remporté un triomphe mérité.

La Traviata de Verdi n’est sans doute pas l’opéra le plus idéalement conçu pour être représenté dans un théâtre antique aux dimensions de celui d’Orange.
Raymond Duffaut le programme pourtant régulièrement depuis 1993 pour le plus grand bonheur du public, qui apprécie cet ouvrage quand il est porté par une soliste inspirée. La soprano italienne Patrizia Ciofi fait partie de ces artistes complets, engagés, qui ne se contentent pas de bien chanter, mais s’investissent totalement au point de transformer un personnage de fiction en véritable incarnation. Sa Violetta apprise auprès de Riccardo Muti (Milan), jouée sous la direction de Robert Carsen (Venise), donnée en Amérique (Chicago), en France (Avignon et Reims) et en Suisse (Festival d’Avenches l’an dernier) a inévitablement muri, son portrait de la célèbre courtisane offrant aujourd’hui de saisissants contrastes.

« La Traviata » avec Patrizia Ciofi et Vittorio Grigolo
© Philippe Gromelle

Aux libations sans fin qui accompagnent ses jours, succède la quête impossible du grand amour, la grandeur d’âme dont est capable la demi-mondaine ne lui apportant aucune rédemption, la mort vient la faucher en plein vol. Passées quelques incertitudes au 1er acte, les écarts du « Sempre libera » n’étant pas dans ses meilleures notes, la cantatrice a su déployer tout son art dès le second, par de longs phrasés expressifs pendant sa confrontation avec Germont père, de subtils jeux de colorations lors du grand concertato du 3ème acte « Alfredo di questo cuore », une intense variation des nuances pendant l’« Addio del passato » et un sens aigu du drame tout au long de la scène finale, qui ont valu à cette musicienne raffinée les hommages unanimes d’une assistance conquise. Il est probable que le directeur du festival n’en restera pas là….
Le charme vocal et physique du ténor Vittorio Grigolo, remarqué l’an dernier dans le Requiem de Verdi, véritable jeune premier, convient au personnage d’Alfredo, aussi élégant qu’enflammé. Doté d’une belle assurance, il a su, malgré une légère indisposition, s’assurer la sympathie du public, enthousiasmé par sa voix claire et son émission solaire. Plus conventionnel dans sa manière d’aborder le rôle de Giorgio Germont, figure patriarcale, autoritaire et blessante, le baryton Marzio Giossi demeure inférieur au jeune couple, le reste de la distribution s’avérant dans l’ensemble honorable, y compris les chœurs.
Dans la fosse, Myung-Whun Chung dirige sans grande conviction – et sans partition – un Philharmonique de Radio France assez terne, la production confiée à Frédéric Bélier-Garcia, traditionnelle dans la forme et convenue dans le fond se contentant d’une lecture linéaire et sans relief du livret de Piave. La vaste scène, occupée par une estrade coulissante sur laquelle apparaissent tantôt les invités, tantôt le lit de Violetta, est peu mise en valeur, les images dépouillées du dernier acte étant préférables à ce « remplissage » sans consistance qui précède le dénouement.

François Lesueur

Cavalleria rusticana & I Pagliacci
Le fameux diptyque vériste Cav-Pag, comme disent les Anglo-Saxons – et qu’il serait d’ailleurs plus judicieux de franciser en « cave-paille » – ne rate pas son entrée au répertoire des Chorégies d’Orange.

« Cavalleria rusticana » avec Béatrice Uria-Monzon (Santuzza) et Roberto Alagna (Turiddu)
© Philippe Gromelle

Tous les atouts étaient réunis pour une grande soirée, avec en premier lieu le retour au théâtre antique de Georges Prêtre. Bon pied, bon œil à 85 ans, l’illustre chef français offre une lecture raffinée de ces partitions, délicate (les parties de flûte et harpe), allant jusqu’au dramatisme poignant lorsque la masse orchestrale est plus volumineuse. L’Orchestre National de France le suit dans ses intentions, avec quand même quelques décalages relevés au début de Cavalleria, décalages beaucoup plus marqués avec les chœurs des Opéras de Région, dont le son n’est pas toujours ni homogène, ni de belle qualité, particulièrement lorsque les choristes sont séparés entre le plateau et les coulisses.
Deux chanteurs sont sur scène toute la soirée, d’abord Roberto Alagna, très vaillant vocalement et plus vrai que nature en Turiddu, Sicilien bronzé dans sa blanche chemisette, puis émouvant dans Canio, le clown humilié, trompé, et finalement assassin. Le baryton coréen Seng-Hyoun Ko (Alfio puis Tonio) recueillera un succès au moins égal à celui du ténor français, sa puissance est impressionnante et son style vériste idéal. Quelques spectateurs réclament même un bis après le prologue de Pagliacci, que Prêtre refusera, en balayant d’un revers de main. Le timbre de Béatrice Uria-Monzon (Santuzza) est somptueux, mais sa prononciation peu claire, alors que Stefania Toczyska (Mamma Lucia) et Anne-Catherine Gillet (Lola) sont tout à fait adéquates.

« I Pagliacci »
© Philippe Gromelle

Dans le deuxième opus, Inva Mula (Nedda) navigue entre le charme de ses pianissimi et notes filées, et le volume plus dramatique de sa voix, lors des confrontations avec Canio. Stéphane Degout (Silvio) maîtrise sereinement son rôle, même s’il ne brûle pas véritablement les planches, tandis que Florian Laconi (Beppe) est un deuxième ténor de luxe. Sans révolutionner ces deux canons du vérisme, la réalisation visuelle de Jean-Claude Auvray autorise le mouvement, surtout latéral, et illustre très correctement les livrets. Pour Cavalleria, un chapelet géant avec un Christ en croix est posé sur le plateau (en entrant dans le théâtre antique, on peut penser à de grosses aubergines enchaînées...), puis viennent les lettres géantes PAGLIACCI posées en fond de plateau, la roulotte, la FIAT 500 des forains, la piste de cirque, ...
Nouveau miracle de la programmation des Chorégies, la pluie aura attendu jusqu’à la dernière note de la soirée pour se mettre à tomber.

François Jestin

Mascagni : CAVALLERIA RUSTICANA
Leoncavallo : I PAGLIACCI : le 1er août 2009 aux Chorégies d’Orange