La saison sera foisonnante, et organisée autour de connexions impromptues.
Quelques fils conducteurs pour se retrouver dans la foisonnante saison 2009-2010 organisée, comme à l’accoutumée, autour de connexions impromptues, de liaisons modernes, de chocs attendus et de résonances à inventer, et découpée en archipels : archipel des compagnies, archipel des langues et archipel des autres formes artistiques.
Ainsi que le souligne Philippe Macasdar en ouverture de son programme : « Si l’art est intrinsèquement du côté du désordre, du discontinu et du singulier, la culture en prend le relais et l’inscrit dans le collectif et dans le temps. C’est cette nécessaire tension entre création et patrimoine qui sous-tend chaque programmation ».
Revue de détails forcément subjective du ‘désordre organisé’ et mise en bouche des futurs moments de création :
– de juin à octobre 09 : Olivier Darné. La Banque du miel
‘Ouvrir un compte épargne abeilles, faire circuler la véritable richesse mondiale, l’indispensable pollinisation : voilà la Banque du miel’. Demandez l’programme !
Installées sur le toit du Théâtre, des abeilles déferlent dans la ville pour fertiliser la ruche des hommes. Travail au croisement des champs politiques et culturels, par le plasticien et apiculteur Olivier Darné. Surréaliste et surréel…
– du 30 août au 3 septembre : Philippe Soltermann. Je_me_déconstruction
Il s’agit d’un spectacle qui se veut comme un cri visant à gripper consciencieusement la roue mondiale, dans laquelle nous courons comme des hamsters. Spectacle qui crachera sa lave, comme un volcan de colère et de dégoût. Choc garanti.
– du 6 au 10 septembre : Oriza Hirata. Tokyo Notes
Tokyo Notes se présente comme un long plan-séquence à la japonaise : une vingtaine de personnages déambulent, causent, se reposent... Oriza Hirata, auteur et metteur en scène elliptique, guide les corps de ses acteurs dans des déplacements fluides, et reformule les situations dans l’épure totale.
– du 6 au 11 octobre : Julie Beauvais. El Circulo de Tiza / Le cercle de craie caucasien
Julie Beauvais, comme Brecht, aime les visions contradictoires sur un même objet. Elle est partie dessiner un cercle sur la terre du Nicaragua, pour aujourd’hui le redessiner dans un théâtre suisse. Un cercle, deux contextes politiques et sociaux. Pauvreté, corruption versus espaces préservés, privilégiés.
– du 26 octobre au 1er novembre : Le cinéma de Marcel Ophuls, un théâtre de la mémoire
Rétrospective d’une dizaine de films documentaires incontournables. Chronique d’une ville française sous l’Occupation, Klaus Barbie, la chute du Mur, Sarajevo : le cinéma de Marcel Ophuls sonde et dissèque l’histoire.
– du 5 au 15 novembre : Compagnie Pasquier-Rossier. Le château
K. est convoqué au château, mais ne peut pas y pénétrer… Monumentale mise en jeu arbitraire de la cruauté et de l’angoisse, jeu dans lequel Kafka finira par perdre, fatalement.
– du 26 novembre au 6 décembre : Eric Salama. Rouge, noir et ignorant
Un soldat est envoyé dans une rue avec l’ordre d’y tuer un civil. Ainsi se présente la première des trois Pièces de guerre d’Edward Bond qui essaie de saisir la folie destructrice s’abattant sur nous et se jouant de nous. Mise en scène sobre et dépouillée. Percutante.
– du 15 au 19 décembre : Youri Pogrebnitchko. Les trois sœurs
Youri Pogrebnitchko remonte Les trois sœurs, car pour lui, faire du théâtre c’est reprendre infatigablement les mêmes textes pour en déplacer les accents. Parce qu’aussi, semble-t-il, on a beau savoir ce qu’est l’amour, on est rarement capable d’aimer. « Mon âme est comme un piano précieux fermé à clef, et dont on a perdu la clef ».
– du 19 au 24 janvier : Marielle Pinsard. Assis et carnivore
Après plusieurs portraits des bien-lotis et des bien-pensants, Marielle Pinsard s’attable avec les animaux. Au menu : T-bone steak ou radis-cresson ? Qu’est-ce qui fait l’homme ? Le rire, les plats allégés ou le langage ?
MEMOIRES BLESSEES
– du 2 au 14 février : José Lillo. Troisième nuit de Walpurgis
Le méconnu Karl Kraus a analysé en direct l’installation à bas bruit du nazisme dans les esprits à travers journaux nationaux et internationaux –matériel à la portée de tous. Dès 1933, les faits, les crimes et les déclarations rapportés par ceux-ci lui sont insoutenables, et il n’aura de cesse de les dénoncer. Reprise du spectacle exigeant de José Lillo. A voir et à revoir absolument.
– du 2 au 14 mars : Marie Fourquet. Pour l’instant, je doute
Portraits d’hommes en réponse à la question féminine par excellence : ‘mais qu’est-ce qu’il pense ?’ Face à face entre hommes humiliés et femmes en larmes. Un spectacle composé d’instantanés passionnés.
OPERATION LISBONNE
– du 16 au 27 mars. André Steiger Mon drame et mon dream / Meu drama é meu dream
Un important politicien qui ne reçoit ni pots-de-vin ni dessous-de-table ? Qu’est-ce qui cloche en lui ? Christian Gregori sera cet homme abandonné de tous parce que réfractaire, précisément, à la corruption.
En écho à la pantalonnade politique d’Hélder Costa, André Steiger mettra en pièces et en scène les processus de corruption.
– du 30 mars au 3 avril : Hélder Costa. Obviamente demito-o / Je le révoque, c’est évident
Hélder Costa dirige la troupe d’action théâtrale A Barraca qu’il a fondée à Lisbonne dès son retour d’exil, après la révolution des Œillets. Pour lui, seul le rire efface les fumées de la dictature de Salazar et affûte les esprits. Aujourd’hui, le voici avec le célèbre général sans peur, candidat de l’opposition sous la dictature. Un héros de la résistance…
– du 27 avril au 16 mai : Jérôme Richer. Une histoire suisse
Pour Jérôme Richer, le théâtre est le produit d’une histoire. D’après lui, ce qui fait l’unité nationale symbolique, ce n’est pas la langue mais l’argent… Descente dans un Monopoly historique pour décortiquer le mythe suisse et interroger les systèmes monétaires. Travail collectif en résidence au Théâtre Saint-Gervais.
Rosine Schautz
Plus d’infos sur : www.sgg.ch/theatre