arts-scenes
Slogan du site

Cinéma Danse Expositions Musique Opéra Spectacles Théâtre

Cully Jazz Festival, du 9 au 17 avril
Cully : Jazz Festival 2010

Survol de la programmation de l’édition 2010, qui s’annonce remarquable.

Article mis en ligne le avril 2010
dernière modification le 22 mai 2010

par Frank DAYEN

Avec ses coups de cœur et ses pointures, qu’elles soient américaines (Hank Jones, Charlie Haden), françaises (Michel Portal, Manu Katché), d’ailleurs (Angelique Kidjo, Chucho Valdes) ou de Suisse romande (Dog Almond, Lucien Dubuis, Plaistow), le Cully Jazz réussit un panachage étonnant et rempli d’agréables surprises. Aperçu de quelques bonnes notes attendues au festival in.

Jamais le Cully Jazz Festival n’a vu sa billetterie prise d’assaut aussi rapidement. Les organisateurs avaient pourtant prévu le coup, en programmant deux récitals le même soir ! Mais pour beaucoup de fans de jazz, l’impatience de (re)découvrir leur idole était trop forte. Résultat, les deux performances de Henry “Hank“ Jones sont annoncées sold out bien avant le début du festival. C’est que, dinosaure encore agile, le pianiste Hank Jones accuse 91 ans ! Il a traversé le siècle, accompagné Ella Fitzgerald, Charlie Parker, Coleman Hawkins, ou joué le fameux Happy birthday Mr. President que Marylin chanta à JFK. On comprend dès lors l’engouement de se faire complice d’une légende.
Autre mastodonte américain de la note bleue, Charlie Haden. On doit à ce contrebassiste de Dexter Gordon et d’Art Pepper, comparse d’Ornette Coleman, Keith Jarrett, Archie Shepp, Charles Lloyd, Brad Mehldau ou encore Pat Metheny, la création, en 1969, du “Liberation Music Orchestra“, formation de 13 musiciens de free jazz, ainsi que son Quartet West, avec lequel il se produit sur scène à Cully. Humble, engagé politiquement, devant composer avec d’énervants acouphènes, Haden continue à s’illustrer aujourd’hui par un son caractéristique et une retenue singulière parmi les avant-gardistes du jazz.
A presque 70 ans, le Cubain Chucho Valdes fait aussi partie des légendes. Prodige du clavier à 5 ans, pianiste d’hôtel et de théâtre, membre de la première formation cubaine autorisée à participer à un festival jazz à l’étranger, en 1970, il est vite repéré par les musiciens internationaux et fait la carrière qu’on lui connaît.

Minimo Garay
Photo Thomas Dorn

Ex et “Nouvelle Star“ à Cully
Le Cully Jazz s’est rappelé la belle époque de l’émission “La Nouvelle Star“ sur M6 en invitant deux membres du jury : l’actuel André Manoukian pour une soirée, et l’ex Manu Katché pour une autre. Tandis que le producteur, compositeur et pianiste emmène avec lui de nouveaux talents (Anaïs, Loane, Helena Noguerra et Benjamin Siksou – dont l’interprétation du Beat it de Michael Jackson sur le plateau de “La Nouvelle Star“ en 2008 en a scotché plus d’un), le compositeur, batteur des plus grands (de Peter Gabriel à Sting, de Pink Floyd à Tracy Chapman… mais faut-il vraiment le rappeler ?) et animateur de One shot not sur Arte se produit avec son quartet et promet lui aussi des invités surprises.
Autre star française à Cully, Michel Portal, aussi à l’aise au saxophone, à la clarinette qu’au bandoléon. Cette fois, il délaisse Jacky Terrasson, Richard Galliano, Sylvain Luc ou Charlie Haden, pour se produire, toujours en duo, avec le pianiste israélien Yaron Herman. Ajoutons que le guitariste Sylvain Luc aura sa soirée, où il jouera son dernier album Standards.

Exotisme dans le Lavaux
Comme chez Baudelaire - qui n’a que peu à voir avec le jazz, il est vrai -, l’exotisme est, à Cully, d’abord lié à la féminité. Pour preuves, la célèbre Béninoise Angelique Kidjo, ou les chanteuses Youn Sun Nah (Coréenne multilingue), la Française d’origine marocaine Hindi Zahra (deux concerts prévus à Cully), ou encore la pianiste Aki Takase (ici avec le clarinettiste français Louis Sclavis). Les vignes savent aussi s’accorder à l’afrobeat du Nigérian Femi Kuti (fils de Fela, Kuti, avec son groupe The Positive force, dénonce la corruption et la mainmise des multinationales sur les ressources africaines) et à l’oud du Tunisien Anouar Brahem, tout aussi engagé politiquement (en 2006, il tourne un documentaire Mots d’après la guerre, celle de l’Israël contre le Liban). Selon Jean-Yves Cavin, un des programmateurs du festival, «  Brahem est un grand ami du Cully festival. Venu plusieurs fois au Cully Jazz ces dix dernières années, l’artiste propose un mélange orientalisant de jazz, avec cordes prenantes, émotionnelles et des airs vraiment dépaysants. »

Tigran Hamasyan

Attention prodiges
Les fans de jazz prêteront une oreille attentive à quelques jeunes talents invités à Cully. C’est le cas de l’Américain Vijay Iyer, fils d’immigrés indiens, jeune pianiste trentenaire d’une créativité hors du commun et familier des meilleures universités américaines (masters en maths et physique, doctorats en sciences obtenus à Berkeley et Yale, charges d’enseignement en musique à Columbia et Harvard !). C’est aussi le cas du jeune pianiste franco-arménien Tigran Hamasyan, collectionneur de prix (du Thelonious Monk au Piano Competition de Montreux) et qui, fort de ses 22 ans, s’est entouré de camarades du même âge pour son dernier album Red Hail. Ou encore du New Yorkais Aaron Parks, pianiste de 22 ans également. On lui doit, déjà, un album estampillé Blue Note, Invisible camera, et pour cause, Parks a plusieurs fois collaboré avec Terence Blanchard, qui signe la musique des films de Spike Lee.
Dans un autre registre, la chanteuse folk Olivia Pedroli dit Lole constitue l’excellente surprise vaudoise. Elle s’en revient d’Islande, où elle a enregistré un album à sortir prochainement, et orchestre à Cully un projet musical aux accents nordiques. Enfin, on s’intéressera à deux trios romands : les Genevois de Plaistow (free jazz/électro/rock jazz), et Dog Almond (soul/électro/hip-hop jazz), qui jouera pour la 1ère fois son dernier album In Dog we trust. Wouah !

Frank Dayen

www.cullyjazz.ch ; rés. 021 799 99 00 ou billetterie@cullyjazz.ch.