Au programme : Tosca, ainsi qu’un concert Natalie Dessay – Juan Diego Florez.
par François JESTIN
En attendant Mireille, non encore représentée au moment du bouclage de ce numéro, Tosca ainsi qu’un concert lyrique Natalie Dessay – Juan Diego Florez, étaient au programme de juillet des Chorégies d’Orange.
Cette nouvelle Tosca montée au théâtre antique promettait beaucoup sur le papier, mais à l’arrivée on passe « seulement » une très belle soirée devant un spectacle de qualité, à défaut d’excitation ou de moments particulièrement électrisants. La direction musicale du jeune Mikko Franck y est certainement pour quelque chose. On décèle d’emblée un tempo très lent, extrêmement lent par moments (le Te Deum final du 1er acte s’étire, se traîne jusqu’à en perdre sa consistance), évidemment très favorable à la joliesse du son, au phrasé, au legato – on entend effectivement de magnifiques détails à l’orchestre – mais peu propice au soutien du drame qui se déroule sur scène. Au II, l’équilibre entre plateau et orchestre est rompu à plusieurs reprises, avec des voix couvertes, une Tosca obligée de crier pour – essayer de – se faire entendre, et puis quelques décalages avec les solistes deviennent plus flagrants au III, donnant l’impression que le chef s’entend à merveille avec ses musiciens, mais est moins en phase avec les chanteurs.
Déjà entendue à Marseille dans le rôle-titre, l’Américaine Catherine Naglestad compose son personnage avec engagement et émotion, aux côtés d’un très bon Roberto Alagna (Mario) au timbre expressif, même si certains aigus se tendent, et qu’un passage du 1er acte le trouve un peu à court de souffle. Petites faiblesses dérisoires comparées à celles du baryton Falk Struckmann (Scarpia), chant tout d’une pièce dans le registre de la déclamation agressive, et rapidement en perdition : voix en limite de cassure, il arrête de chanter les aigus au 2ème acte, transposant à l’octave. Les seconds rôles sont inégaux : Wojtek Smilek (Angelotti) et l’inoxydable Michel Trempont (le Sacristain) remplissent très correctement leur office, mais Christophe Mortagne (Spoletta) est trop caricatural. La mise en scène de Nadine Duffaut s’articule autour d’une constante, un immense tableau de la Marie-Madeleine / Attavanti. L’église de Sant’Andrea della Valle se déploie sur toute la largeur du plateau, avec projection d’un vitrail à jardin et l’autel à cour. Au II les dobermans, bottes et manteaux noirs nous plongent dans l’ambiance de l’état policier tenu par Scarpia, avec quelques propositions originales : le petit groupe d’instruments joue sur scène la cantate chantée par Tosca, ou encore les tortures sur Mario vues en transparence derrière le tableau. Les choix du 3ème acte sont plus discutables : surprise, le berger est… féminin, et Mario chante son « E lucevan le stelle » à nouveau derrière le tableau, plaçant ainsi le public à trop grande distance.
Belcanto dans le vent
Un invité surprise a absolument tenu à être présent au concert des deux stars Natalie Dessay et Juan Diego Florez : le mistral. Sans parler de la baisse de la température, le vent perturbe la qualité d’écoute du public, et rend les conditions de la soirée – qui se joue à guichets fermés, fait unique dans les annales des Chorégies pour un concert – particulièrement difficiles pour les artistes. Les tourbillons de poussière qui décollent sur scène sont impressionnants et les partitions s’envolent désespérément. La fête annoncée a quand même lieu, avec deux artistes qui ont souvent chanté ensemble (dont La Sonnambula et la Fille du régiment, au programme), et en pleine possession de leurs moyens actuels.
La technique du ténor péruvien est exceptionnelle, l’aigu semble facile ; seul petit bémol, prévisible, le volume vocal est vraiment mince, surtout dans le vaste théâtre antique. La soprano française possède quant à elle une agilité toujours appréciable, et une couleur, une puissance, une présence agréables, mais l’aigu devient de plus en plus rebelle, avec certaines notes en fin de phrases à la limite du cri. Le public applaudit chaleureusement les deux chanteurs dans ce programme Bellini – Donizetti, dirigé par Giovanni Antonini aux commandes de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France. Verdi arrive en bis, avec trois petits rappels.
François Jestin
Puccini : TOSCA - le 15 juillet 2010 au Théâtre Antique d’Orange
Concert lyrique : Natalie DESSAY – Juan Diego FLOREZ - le 17 juillet 2010 au Théâtre Antique d’Orange