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A Nice
Nice : Festival Manca

Compte-rendu du festival Manca 2008.

Article mis en ligne le février 2009
dernière modification le 29 décembre 2010

par Pierre-René SERNA

Manca a 29 ans. Le cap est maintenu pour le festival des musiques d’aujourd’hui de Nice qu’anime François Paris : les jeunes compositeurs ont toute leur place, en compagnie de révérences faites aux anciens.

Pour fermer le dernier Manca, deux concerts illustrent cette double orientation. Au Théâtre national de Nice, l’Ensemble Icarus défend Denys Bouliane, Jérôme Combier et Bertrand Dudebout. Le premier, venu du Québec, offre Qualia sui, écrit en 2001 pour violon, violoncelle et piano, une suite où les notes perlées du clavier font cortège au chant grinçant (un peu faux ?) des cordes. Les deux autres jeunes compositeurs se frottent à des commandes du Cirm, la tête pensante électroacoustique de Manca. Lo libre dels rituals de Dudebout, créé en 2007 par le même ensemble, se veut une sorte de cantate. Sur des textes en occitan, arabe, français et espagnol (de Jaufre Rudel, Ibn Zaidun ou Garcia Lorca, malaxés par Alem Surre-Garcia), le feu, les cendres, la colombe et le désert sont évoqués. Autant d’invocations aussi, d’une mythologie hors le temps et l’espace. Pour elles, la musique se fait lyrique sous la voix pleine de Sonia Turchetta, naturelle ou déformée en “temps réel” par la technique Cirm, sertie d’une flûte et d’un trio à cordes.
À Combier revient une création mondiale, celle de Hors crâne. Le titre emprunte à un poème de Samuel Beckett et constitue le dernier volet d’une série en cours de brèves pièces où le compositeur s’inspire du dramaturge irlandais. Ici le violon et le violoncelle se marient à l’électronique (avec l’appoint du compositeur suisse Robin Meier) pour des couleurs interstellaires. Les instrumentistes, que dirige avec rigueur Mirco Ghirardini, possèdent les qualités individuelles et collectives qui siéent à chacun des climats propres à ces pages.

Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
© photo Guy Vivien

Lendemain et clôture en fanfare, l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo œuvre à la salle Garnier de l’Opéra de la voisine principauté. Les ors et moulures fêtent Iannis Xénakis, Luciano Berio, Fausto Romitelli et Gérard Grisey. Autrement dit : les maîtres récemment disparus des musiques actuelles. Avec leurs pages les plus classiques. Respectivement : Pithoprakta (1956), Points on the curve to find (1974), En Trance (1995) et le Temps et l’Écume (1989). Les deux premières œuvres n’ont pas pris une ride, la troisième conserve ses charmes, quand la dernière sent l’ébauche (et ne ressemble guère, tout compte fait, au chatoiement auquel le Grisey spectral nous habitué par ailleurs). La battue et l’attitude de Jean Deroyer apparaissent comme une réplique parfaite de Boulez, le maître en direction d’orchestre de ce jeune chef à la déjà belle carrière, avec la même sécheresse des gestes, n’était un tic de balancement du bras droit. Mais le résultat est probant et la mise en place irréprochable. Marie-Joseph Jude dispense dans Berio un piano conquérant, alors que la soprano Françoise Kubler s’épanche joliment ou ardemment pour Romitelli.

Marie-Josèphe Jude
Photo Thierry Cohen

Manké
Comme tout grand festival, Manca a son “off”. Ou plutôt son contre-festival ironique et bohème. Manké fait donc office à Nice de gentil trublion, sous l’égide de Marcel Bataillard, Frédérik Brandi et Kristof Éverart. Pour cette septième édition (quand même !), il commémore à sa manière l’Armistice de 1918. La fin d’une guerre terrifiante, qui scelle aussi l’Avant-garde, terme éminemment militaire appliqué pour la première fois aux aventures révolutionnaires, politiques ou artistiques. Les Futuristes, Kurt Schwitters (le bruiteur un peu fou des années 20), le Cubisme et Satie sont convoqués à l’auditorium de la Bibliothèque Louis-Nucéra et au Théâtre des Oiseaux de la capitale de la Côte-d’Azur. La pianiste Fabienne Volto et les maîtres de céans se produisent, seuls ou en commun, avec délire, sérieux pince-sans-rire, dégaine et juste ce qu’il faut d’improvisation. Les ingrédients en quelque sorte institués de la contre-culture.

Pierre-René Serna