Le Festival de Musique de Sion joue l’ouverture... Quelques questions à Jean Bonvin.
Jamais le Festival International de Musique de Sion n’aura montré un tel esprit d’ouverture qu’en cette année 2010. Métissage assumé de traditions et styles musicaux divers, création d’un Festival Off et, en première mondiale, l’exposition « Les Violons de l’Espoir ». Une manière intelligente d’associer l’Art à l’Histoire, de toucher un large public et de mêler plaisir des sens, découvertes et réflexion historique.
Le grand absent de cette 46e édition sera le très réputé Concours international de Violon qui a lieu tous les deux ans : rendez-vous en 2011 ! Ouvert aux violonistes de toutes nationalités de 15 à 32 ans, il fait partie des plus importants concours internationaux. Pour pallier cette absence, les trois derniers lauréats (2005, 2007, 2009) seront présents le jeudi 19 août pour le concert d’ouverture (Mozart, Bach, Vivaldi) aux côtés de Shlomo Mintz, Directeur artistique de l’événement depuis 2002.
Au programme du Festival 2010 : quatre séries de concerts. Pour les organisateurs, ce partage thématique permet d’une part de prêter à la programmation une ligne artistique claire. De l’autre, le fait de programmer des concerts sur quatre longs week-ends (du jeudi au dimanche) contribue à créer une réelle ambiance de festival.
Série I : Jeunesse et esprit du Sud
Cette soirée s’inscrit dans la première série de concerts intitulée Jeunesse et esprit du Sud. A l’affiche également de cette dernière : l’ensemble Bandànéon de l’accordéoniste suisse Stéphane Chapuis avec des œuvres de Piazolla, Ligeti, Semionov, Ginastera (20.08), la voix suave de la chanteuse de fado Joana Amendoeira (21.08) et le récital du pianiste croate Lovro Pogorelich consacrés aux compositeurs de la génération 1810 (22.08).
Les trois autres séries ont pour titre : « Les Violons de l’Espoir » (voir plus bas), « Dans l’Esprit de Vienne » et « Musique de l’Est ».
Série III : Dans l’esprit de Vienne
A deux reprises, Shlomo Mintz se joindra au prestigieux New Russian Quartet dans des concerts dédiés aux quintettes pour cordes n° 1-6 de Mozart (31.08 et 4.09). La jeune pianiste valaisanne Beatrice Berrut donnera cette année un récital avec le violoniste Sergey Tsoy (2e prix du Concours de Violon 2007). Au programme, des sonates de Bach et Brahms ainsi que le Concerto sans Orchestre op 14 de Schumann (5.09). Une soirée qui reflète une des priorités du Festival : soutenir les jeunes espoirs de la région et favoriser leur rencontre avec les grandes figures de la musique classique, tels Yuri Bashmet et son ensemble Les Solistes de Moscou qui interprèteront des œuvres de Schubert et Schnittke (2.09).
Série IV : Musique de l’Est
Russie, Estonie, République Tchèque, Pologne… C’est au répertoire classique de l’Europe de l’Est qu’est consacré la dernière série de concerts. Elle débutera par un récital de piano de Sean Botkin qui a choisi la Sonate n°1 op. 28 et les très beaux Préludes op. 23, 32 de Rachmaninoff (9.09). L’Orchestre et Chœur philharmonique polonais Opole dirigé par Shlomo Mintz fera entendre quant à lui le Cantus in memoriam d’Arvo Pärt et le Te Deum de Dvorák ainsi que des œuvres de Debussy et Schubert (11 et 12.09)
Les Violons de l’espoir : exposition, ateliers et concerts
Cela fait des années que le maître luthier israélien de renommée internationale Amnon Weinstein sillonne l’Europe à la recherche de violons qui auraient survécu à la Shoah. Marchés, entrepôts de l’armée américaine, caves des municipalités, etc. ont été passés au peigne fin. Les résultats de ces recherches seront, pour la première fois, exposés à l’Ancien Pénitencier de Sion : une douzaine de violons (sur 24 rescapés), restaurés avec art et patience, dont certains datent du début du 19ème siècle. Issus de familles Klezmer d’Europe centrale, d’Auschwitz ou encore des ghettos de Varsovie, ils sont les témoins, nous dit le Président du Festival Jean Bonvin, « d’une mémoire certes souvent douloureuse, mais ils doivent aussi nous faire espérer que la Culture et l’Art sont porteurs de beauté, d’espoir et de paix ».
Expositions parallèles : Ces douze violons seront accompagnés de diverses expositions présentant des photos – dont celles de Lucille Reyboz de l’Agence Blue Press, artiste exposée à Tokyo, Paris et New York – , des films – Le Voyage d’Amnon et Tsiganes : un violon pour seul voyage – ou encore les vies des musiciens liés de près ou de loin à leur histoire : celle d’Alma Rosé, nièce de Gustav Mahler et chef de l’orchestre des femmes d’Auschwitz ; celle de Shlomo Mintz, dont le père fut emprisonné pendant 15 ans en Sibérie ; ou encore celle d’Amnon Weinstein qui a perdu toute sa famille à Vilnius…
Conférences et ateliers : Si vous désirez en savoir davantage sur la trajectoire des instruments exposés, ou si l’art de la lutherie vous a toujours passionné, ne manquez pas les conférences et ateliers dirigés par Amnon Weinstein et le luthier bâlois Roland Baumgartner. Etienne Vatelot, le célèbre luthier français, – par ailleurs maître de l’instigateur de l’exposition – sera aussi de la partie !
Concerts : série II : C’est dans le cadre de cette exposition que s’inscrit la deuxième série de concerts : « une occasion unique et émouvante », précise le Président, « d’entendre ces violons, qui n’ont pas vibré depuis plusieurs décennies, joués par de grands artistes de réputation internationale ».
Shlomo Mintz et le pianiste Itamar Golan interprèteront la Sonate n°1 de Bloch lors du vernissage de l’exposition (18.08). Maqâm, blues et musique klezmer mêleront leurs sonorités exotiques dans L’Esprit Libre du Violon, un concert donné par les violonistes turc et iraquien Cihat Askin et Yair Dalal (26.08). Shlomo Mintz & Friends passeront tout à tour du répertoire classique (Haendel, Beethoven, Grieg, etc.) à des œuvres d’Oeden Partos ou de Joseph Achron (28.08). Enfin, le New Russian Quartett (voir Série III) mettra un terme à cette série avec le Quatuor pour corde n° 8 de Chostakovitch.
Claire Brawand
Questions à Jean Bonvin, Président du Festival
Vous occupez le poste de Président depuis 10 ans : qu’est-ce qui vous a amené à Sion ?
J’ai toujours aimé profondément la musique classique, mais ma présence à Sion, je la dois avant tout à Maître Tibor Varga, qui a su m’attirer dans la capitale valaisanne pour l’aider à assainir ce Festival qui souffrait à l’époque de lourdes dettes.
Comment définiriez-vous votre rôle de Président du Festival ?
Une partie de mon travail consiste à participer avec Monsieur Shlomo Mintz à l’orientation artistique que nous désirons donner au Festival. C’est nous qui décidons de la part qu’aura le répertoire classique et vers quelles nouvelles traditions musicales nous souhaitons faire évoluer le Festival.
Le reste de mon temps est consacré à l’aspect financier, à la recherche de fonds, etc. Nous recevons une grande aide de la municipalité sédunoise qui est très généreuse et à qui nous devons beaucoup.
En 2002, vous avez engagé Maître Shlomo Mintz comme Directeur Artistique : pourquoi ce choix ?
Ce que je cherchais à l’époque, c’était avant tout un Président du Concours, j’avais besoin de quelqu’un qui donne un nouveau souffle à cette compétition musicale. D’autres candidats s’étaient bien sûr présentés, et parmi eux, des grands noms du violon. J’ai choisi Shlomo Mintz car il incarnait à mes yeux cet idéal de justice et de droiture qui m’était cher, et que nous partagions le même amour pour la jeunesse. Le dialogue avec le jeune musicien est quelque chose d’essentiel que nous cultivons depuis le début.
Vous parliez d’orientation artistique : l’édition 2010 frappe justement par le métissage de sa programmation ?
Oui, en effet. Je ne suis pas un adepte de révolutions brusques. Je suis pour l’évolution progressive des choses. Depuis deux ans, nous nous efforçons d’ouvrir le Festival à des répertoires nouveaux. Cette année, on entendra – outre des œuvres classiques – des pièces issues de traditions diverses : le fado, le blues, le tango ou encore le maqâm (musique arabe). Cela va d’ailleurs de pair avec notre intérêt pour la jeunesse que nous désirons captiver avec une programmation originale et diversifiée. Le violon et le répertoire classique restent certes une des priorités du festival, mais d’autres instruments et styles trouvent leur place à leurs côtés.
Quelle est la place du Festival de Sion dans la scène musicale actuelle ? Quelle est sa marque caractéristique ?
Notre Festival est, à ma connaissance, le seul au monde qui intègre un concours. Et cela, on le doit à Tibor Varga qui a eu l’idée géniale de réunir deux institutions qui se renforcent réciproquement. Grâce à l’aura de Shlomo Mintz, nos lauréats sont très bien cotés dans le monde musical et ont la possibilité de jouer dans les grands orchestres. Le Concours de Sion fait partie des 3-4 grands concours de violon au monde.
Propos recueillis par Claire Brawand
46e édition du Festival International de Musique Sion Valais : 18 août au 15 septembre