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A Lugano
Lugano : Projet Martha Argerich 2007

A Lugano, et grâce à Martha Argerich, dix-sept concerts seront proposés aux mélomanes entre le 9 et le 26 juin.

Article mis en ligne le mai 2007
dernière modification le 15 juillet 2007

par Jacques SCHMITT

« Pour moi, être heureuse, c’est ne pas subir », affirme la pianiste argentine Martha Argerich. Ne pas subir, c’est ne pas être dans la contrainte de tout ce qui entoure son plaisir de jouer du piano. Le non-conformisme a toujours conduit la philosophie de vie de cette artiste.

On sait qu’elle ne donne pas d’interviews. Ainsi, les journalistes sont-ils avertis. Elle n’aime pas le concert, « cet examen de passage qui vous juge à la moindre fausse note ». Les organisateurs de concert s’accommodent de ses nombreuses annulations. Ne sachant jamais si l’envie de jouer sera au rendez-vous de ses concerts, elle ne signe pas de contrats. De quoi rendre cardiaque n’importe quel agent artistique. Et pourtant…

Martha Argerich. Photo Adriano Heitmann/IMMAGINA

Amitié et fidélité
Et pourtant, son agenda conserve des rendez-vous qu’elle ne veut manquer sous aucun prétexte. Parce que l’amitié et la fidélité sont parmi ses valeurs essentielles, Martha Argerich s’entoure d’artistes rencontrés au cours de ses voyages. Parmi les plus jeunes, elle se fait un devoir de suivre le développement de leur carrière. Alors, sous le nom de « Projet Martha Argerich », elle confirme leurs talents, en les présentant et les secondant dans la série de concerts objet de cette manifestation.
Dans le cadre du Festival de Lugano, et grâce au mécénat artistique reconnu de la BSI (Banca della Svizzera Italiana), la cité tessinoise accueille pour la sixième fois cette véritable fête de la musique. Une affiche alléchante proposant plus de vingt pianistes, sept violonistes, quatre violoncellistes, et autres musiciens de talent, tous solistes autour de Sa Majesté Martha Argerich pour quelque dix-sept concerts (entre le 9 et le 26 juin prochain) dont l’éclectisme le dispute à la qualité.

Programmation
En ouverture, sous la direction d’Alexander Rabinovitch-Barakovsky, l’Orchestra della Svizzera Italiana présente une soirée musicale dense. Roméo et Juliette de Piotr Illych Tchaikovsky ouvre le bal avant de laisser place au pianiste Nicholas Angelich pour le Konzertstück op. 92 de Robert Schumann. Puis Renaud Capuçon fera entendre son magnifique BSI Guarneri del Jesu 1737 (autre objet du mécénat de la BSI) dans la Symphonie Espagnole d’Edouard Lalo avant que Martha Argerich et Alexander Curning s’unissent dans le Concerto pour deux pianos et orchestre de Francis Poulenc. La pianiste Polina Leschenko clôturera la soirée avec le Concerto en La min op. 16 d’Edward Grieg (Palazzo dei Congressi, le 9 juin).
Les jours suivants, la musique de chambre prend le relais. En musardant sur le programme, chaque soirée réserve au moins une œuvre d’intérêt majeur se retrouvant sous l’archet ou les doigts d’artistes d’exception. Ainsi Renaud Capuçon et Martha Argerich unis pour la Sonate n° 1 de Béla Bartok (Auditorium RSI, le 11 juin).

Polina Leschenko. Photo Alix Laveau

Deux monstres sacrés qui se retrouvent aux côtés du violoncelliste Misha Maisky pour le Trio en ré majeur op. 70 n° 1 de Ludwig van Beethoven (Auditorium RSI, le 13 juin). Puis le pianiste Stephen Kovacevich se confronte avec Martha Argerich dans l’Andante et Variations KV 501 de W. A. Mozart (Auditorium RSI, le 15 juin).
Ouvrant ses portes aux récitals de piano seul, l’église de San Rocco reçoit entre autres, Nelson Görner pour un concert comprenant 6 sonates de Domenico Scarlatti précédant les impressionnants Sonnets de Pétrarque 104 et 123 tirés des« Années de pèlerinage » II (Italie) et la Sonate en Si mineur de Franz Liszt (Eglise de San Rocco, le 22 juin).
Soirée concertante encore où l’Orchestre de la RSI se place cette fois sous la baguette d’Alexander Vedernikov, le directeur musical du prestigieux théâtre du Bolshoï de Moscou. En soliste, le violoncelliste Misha Maisky joue le Concerto pour violoncelle et orchestre n° 1 de Camille Saint-Saëns alors que Martha Argerich enchaîne successivement sur le Concerto n° 3 de Béla Bartok et le Concerto n°5 en fa majeur op. 103 « L’Egyptien » de Camille Saint-Saëns. Les pianistes Sergio Tiempo et Karin Lechner parachèvent ce concert avec le Concerto pour deux piano et orchestre du compositeur russo-américain Nicolai Lopatnikov.
Le concert final de ce sixième « Projet Martha Argerich » est d’un intérêt tout particulier puisqu’il s’articule autour de musiques de compositeurs du XXe siècle. Ainsi, les Percussions du Conservatoire de la Suisse Italienne accompagnent les pianistes Maurizio Vallina, Gabriele Baldocchi, Walther Delahunt et Giorgia Tomassi dans le Ballet mécanique pour quatre piano et percussion, l’œuvre la plus populaire du compositeur français George Antheil (1900-1959) qui s’autoproclamait « le mauvais garçon de la musique ». Après la Suite Champêtre (pour deux pianos à quatre mains) de Vittorio Rieti (1898-1994) dont on dit la musique élégante, Martha Argerich, Karin Merle, Nelson Görner et Gabriela Montero se mesureront dans la transcription pour quatre pianos des Quattro Stagioni d’Antonio Vivaldi de Nicolas Economou (1953-1993), un compositeur-pianiste fétiche de Martha Argerich (Auditorium RSI, le 26 juin).

Jacques Schmitt

Programme détaillé sur