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Saison 2008-2009 de l’Odéon - Théâtre de l’Europe
Paris, Odéon : Avant-première

Magnifique programmation pour cette deuxième saison sous l’égide d’Olivier Py.

Article mis en ligne le octobre 2008
dernière modification le 28 octobre 2008

par Despoina NIKIFORAKI

L’ouverture de la saison de l’Odéon annonce de façon panégyrique le retour à l’âge d’or de la culture. Programmation dédiée à ceux et à celles qui croient à la vertu antropogène des mythes, le théâtre se revendique nécessaire ; nécessaire comme la parole et la vue, l’atmosphère, l’eau, le pain et la lumière.

TARTUFFE
de Molière, 17 Sep.>25 Oct., mise en scène Stéphane Braunschweig
Molière dramaturge est un trésor national. Mais Molière romancier ? S’il n’existe pas, il nous revient de l’inventer, affirme Stéphane Braunschweig. Le futur directeur du Théâtre de la Colline aime aborder les grandes pièces en dégageant ce qu’il appelle leur roman sous-jacent. Cette méthode d’enquête, aussi intuitive que fidèle au texte, lui permet de redonner tout leur éclat aux questions qui y sont posées, en se laissant guider par les surprises qu’elle provoque.

RICERCAR
23 Sep.>19 Oct., Théâtre du Radeau, mise en scène François Tanguy.
Creusant et découpant l’espace qu’ils transfigurent, baignant dans une lumière intime dont la charge de silence fait songer à Hopper ou à Georges de La Tour, ce peuple de revenants anonymes déploie sous les yeux captivés du public un dédale de tableaux se succèdent comme des vagues. Ce qui se donne ici à éprouver ne se raconte pas davantage que la musique.

« Ricercar » de et mis en scène par François Tanguy. Présenté au Festival d’Avignon 2008.
Photo François Tanguy

OTHELLO
de Shakespeare, 6 Nov.>7 Déc., mise en scène Éric Vigner, avec Michel Fau
« Deux hommes qui se croisent », écrit Koltès, «  n’ont pas d’autre choix que de se frapper, avec la violence de l’ennemi ou la douceur de la fraternité » : en redécouvrant cette réplique de Dans la solitude des champs de coton, Vigner songe aussitôt à cette autre « histoire d’hommes » qu’est Othello, où s’affrontent le général maure et son enseigne Iago, le démoniaque.

LE SONGE D’UNE NUIT D’ETE
de Shakespeare, 12 Nov.>18 Déc., mise en scène Jann-Joël Collin
« Le prétexte du Songe d’une nuit d’été », note Yann-Joël Collin, «  est un mariage qui se décline ensuite en féerie et s’achève par où il a commencé, en théâtre ».
Le Songe lui-même est une occasion de créer une fête de théâtre, à l’exemple de Shakespeare. Pour Yann-Joël et ses compagnons, leur troupe improbable révèle, par son art naïf, la nécessité du théâtre même. Car depuis des années, ils travaillent, sinon à la façon de ces artisans de Shakespeare, du moins dans le même esprit.

TROIS CONTES DE GRIMM
23 Déc.>18 Jan., mise en scène Olivier Py
L’œuvre de Grimm offre un « moyen de parler aux enfants de ce dont on ne leur parle pas ». Py apprécie toujours leur fausse naïveté et leur vivacité sans phrases, qu’il n’hésite pas à rapprocher de celles de certaines intrigues de Shakespeare.

CYCLE HOWARD BARKER, poète associé à la saison.
Howard Barker, l’« aboyeur » du théâtre anglais (Mike Sens), ne se laisse guère raconter, et c’est tant mieux. L’art selon Barker est un irritant. Libre de toute censure, il s’ouvre à « la pensée qui n’est pas autorisée » et à l’« inconscient qui a été aboli ». Et il le fait dans une langue à nulle autre pareille – drue et urgente, somptueusement imprévisible, d’une vivacité colorée et amère qui en fait l’un des grands poètes de l’anglais contemporain.
 
GERTRUDE (LE CRI), 8 Jan.>8 Fév., mise en scène Giorgio Barberio Corsetti
LE CAS BLANCHE-NEIGE, (Comment le savoir vient aux gens filles), 4 Fév.>20 Fév., mise en scène Frédéric Maragnani
LES EUROPÉENS, (Combats pour l’amour), 12 Mar.>25 Mar. et
TABLEAU D’UNE EXÉCUTION, 26 Mar.>11 Avr. , mise en scène Christian Esnay

LE SOULIER DE SATIN
7 Mar. 09>29 Mar. 09, m.e.s. Olivier Py avec Michel Fau, Stéphane Leach…
De part et d’autre de l’Océan, qui devient ici l’amer calice que se tendent Rodrigue et Prouhèze d’un bout à l’autre de l’horizon, les destins brûlent, filent ou clignent comme des astres, composant à eux tous l’épopée baroque d’une salvation.

JOHN GABRIEL BORKMAN
de Henrik Ibsen, en allemand surtitré, 2 Avr.>11 Avr., mise en scène Thomas Ostermeier
Un homme, depuis des années, arpente le premier étage d’une maison. Au rez-de-chaussée, sa femme entend ses pas qui vont et viennent sans répit…Revenant à Ibsen après sa relecture grinçante et contemporaine d’Une maison de poupée, Thomas Ostermeier aura sans doute à cœur, pour composer le portrait critique de Borkman, d’interroger à travers lui les ravages qu’opère une certaine prétention prométhéenne à la surhumanité.

LA DAME DE CHEZ MAXIM
de Feydeau, 20 Mai>25 Juin, m.e.s. Jean-François Sivadier
Rien de réclame plus d’organisation et de méthode que cette machine fantastique à produire du désordre qu’est une pièce de Feydeau. Jean-François Sivadier change de registre pour aborder enfin – et non sans gourmandise – le maître insurpassé du non-sens carthésien et son théâtre enfantin et cruel.

FAUST
d’après Gœthe, en lituanien surtitré, 27 Mai>6 Juni, mise en scène Eimuntas Nekrosius
Faust, reflet d’un esprit universel, a fini par réunir en lui la trace de toutes les passions, de toutes les interrogations qui l’auront hanté. Comme fil d’Ariane, Nekrosius semble nous proposer le fil du temps. Temps de la vie, de la jeunesse et de sa fuite inexorable, de la conscience qui fatalement se retourne un jour sur le chemin déjà parcouru. Nekrosius, en poète et en visionnaire, pose des images évocatoires sur le texte de Goethe, puis les laisse mûrir, libérant des sens inouïs, pareils à ces formules qui traversent parfois nos rêves.

PETITES HISTOIRES DE LA FOLIE ORDINAIRE
de Petr Zelenka, en roumain surtitré, 11 Juin >21 Juin, mise en scène Radu Afrim
L’Europe entière s’est reconnue dans ses Petites Histoires : elles ont été récompensées en 2001 par le prestigieux Prix de la fondation Alfred Radok.
Bienvenue dans l’univers décalé, grinçant, parfois franchement excentrique de Petr Zelenka, réinventé avec une fantaisie acide par celui qui est sans conteste l’un des metteurs en scène les plus doués et les plus en vue, mais aussi les plus controversés de la nouvelle génération roumaine.

Despina Nikiforaki