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Saison 2008-2009 du Théâtre en Cavale, Genève
Genève, Théâtre en Cavale : saison

Présentation de la programmation du Théâtre en Cavale, qui comporte beaucoup de créations.

Article mis en ligne le octobre 2008
dernière modification le 30 octobre 2008

par Sylvia MEDINA-LAUPER

Le théâtre en Cavale, à Pitoëff. Une saison encrée dans l’actualité.
Beaucoup de créations et de pièces destinées à nous chatouiller, à nous interpeller, à nous faire passer de bons moments, tout en ne nous laissant pas indemnes. Telle est la vocation du tout jeune Théâtre en Cavale qui marque sa 4ème saison en même temps que le centenaire de la Maison communale où il se love.

C’est une gageure que cette association théâtrale remporte un tel succès. Le budget que cette équipe perçoit est aussi maigre que la tranche quotidienne de saumon dont se contente Arielle Dombasle.
Et pourtant le public est présent et ne cesse de s’accroître, passant de 9000 spectateurs en 2006 à 12’000 en 2007. Sans doute la meilleure façon de rendre hommage à la Maison communale de Plainpalais, érigée sous l’impulsion d’un besoin citoyen «  de se réunir, de discuter et de fêter le monde dans lequel nous vivons ».

L’équipe du Théâtre en Cavale : Miguel Fernandez-V., directeur - Amandine et Veronica, administration - derrière : Rebecca Bonvin : presse
© Emilie Batteux

Celui qui fait vivre la salle Pitoëff, le directeur Miguel Fernandez-V, s’appuie d’ailleurs sur la définition grecque originale : le théâtre est le ieu où la population discute des affaires de la cité. Le théâtre en Cavale n’a pas d’autre ambition que celle d’alimenter la reflexion, le débat. J’en veux pour preuve les « Autour de… », une heure, à l’issue de l’une des représentations de chacun des spectacles, consacrée à commenter et approfondir un thème soulevé par la pièce concernée. Ces Autour de… sont un partage, une rencontre avec des intervenants, spécialistes des sujets traités, et rencontrent un succès croissant. Mais passons aux réjouissances.

La saison a commencé avec la tragédie Britannicus de Jean Racine, création du metteur en scène de stature internationale Gérard Desarthe, et en partenariat avec le Théâtre de Poche ; Britannicus a posé la terrible question du parcours qui mène un homme à devenir un tyran sanguinaire. Ici, l’exemple est soutenu avec brio par Néron, assoiffé de pouvoir et d’orgueil, ne reculant devant aucune trahison ni injustice pour assouvir ses moindres volontés. Les spectateurs ont pu voir comment l’objet de son désir (parler d’amour serait aberrant dans le cas d’un tel égocentrisme), la gracieuse et juvénile Junie, fut anéantie, préfigurant ainsi la barbarie que vivra Rome.

« Britannicus »
© Dorothée Thébert

Suivra une comédie sur la précarité, Rapt, une autre création, d’Ahmed Madani, mise en scène par Miguel Fernandez-V. Dans ce huis clos drôle et sombre à la fois, un couple de chômeurs en fin de droit –Henri et Simone – voyent leur avenir sérieusement compromis et n’envisagent pas d’autre solution que le kidnapping de leur voisin. Celui-ci vient de gagner à la loterie mais ne veut pas avouer où il a planqué le magot. Très vite, ce couple se retrouve avec un kidnappé qui leur résiste. Jusqu’où sont prêts à aller nos deux paumés ? Vont-ils franchir un point de non-retour ? Ce d’autant plus que les jours passent et que survivre devient une urgence. Le sujet est traité sans condescendance, sans pitié ni mièvrerie ; Ahmed Madani nous propose un portrait acide qui nous renvoie à nos propres limites. Et nous, comment ferions-nous ?

« Rapt » création d’Ahmed Madani

Du sexe ? Merci ! Juste un nuage… Que dire de cette curiosité épidermique, si ce n’est qu’il s’agit d’une œuvre de Dario Fo et Franca Rame ? Sous ce titre volontairement provocateur et hilarant, se cachent les témoignages de la vie sexuelle et somme toute ordinaire de trois femmes au langage verdoyant, audacieux, agréable, drôle, émouvant et parfois moqueur. Des anecdotes incontournables de la vie, à voir en couple, absolument !

Une autre comédie, mais du non-dit, cette fois-ci, Pour un oui ou pour un non, de Nathalie Sarraute, mise en scène par Mauro Bellucci. Une amitié pourtant solide entre deux hommes commence à se lézarder. Sur un malentendu, un petit rien, une phrase paraissant anodine et renfermant un monde de possibles. « C’est bien… ça ! ». Comment l’interpréter ? Vient-il vraiment de me dire « ça » ? Ce petit mot fait ressurgir toutes les vexations non exprimées dans cette histoire d’amitié jalonnée d’amour déçu. « Nous avons déjà tous été pris dans une situation où règne le malentendu… ne faisant qu’épaissir le malaise ».

Une création mondiale sur un texte à peine fini, Les Papiers de l’Amour, de l’Algérien Slimane Benaïssa, en fuite depuis les attentats terroristes, et qui situe sa pièce à Genève et dans l’actualité explosive du Moyen-Orient. Un homme, une femme, chabada bada. Pas tout à fait. Lui est Palestinien, elle est Juive, ils se rencontrent dans la ville de Calvin et s’aiment comme des fous, de liberté. « Parce qu’il n’y a pas besoin de papiers d’identité pour
s’aimer 
 ». Un couple banal donc… jusqu’à l’attentat…

Pour finir, une magnifique reprise sous forme de comédie gastronomique avec Mange ta soupe, de Marie-Eve Mathey-Doret. Avec humour et un zeste de sérieux, ce spectacle dissèque notre rapport à la nourriture et prouve que manger n’est pas un acte anodin. Le repas est-il associé à des souvenirs heureux ou traumatisants ? Est-il le symbole de réunions familiales, de récompense après un effort, de consolation après les bobos de la vie ? Est-il le fruit de la culpabilité, de la solitude ? Olivier Periat nous fait déguster un pur moment de plaisir, un véritable dessert, pour la bonne bouche afin de clore en beauté le menu de cette goulayante saison.

Sylvia Medina-Lauper

Plus de détails : www.cavale.ch