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Festival de Lucerne
Lucerne : Festival avant Pâques

Le Festival de Lucerne avant Pâques mettait l’accent sur les anniversaires, mais pas seulement...

Article mis en ligne le mai 2009
dernière modification le 17 juin 2009

par Emmanuèle RUEGGER

Effectivement, le Festival n’a pas seulement fêté Joseph Haydn et Georg Friedrich Händel mais aussi Ludwig van Beethoven lors de trois concerts. Pâques oblige, il y a eu aussi une œuvre sacrée d’Alexandre Knaifel sur le “Cantique des cantiques“ qui a eu beaucoup de succès. En clôture Marins Janssons a mis côte à côte un compositeur célébré avec des collègues de taille.

C’est au Néerlandais Bernard Haitink que l’on doit le cycle Beethoven commencé il y a un an exactement. Pour ce Festival il a gardé les concertos pour piano et orchestre no 3 en do mineur et no 2 en si bémol majeur.

Maria João Pires
Photo Felix Broede

Ce sont des concertos qui font la part belle au piano, particulièrement le 3e et Maria João Pires a développé une énergie étonnante de la part d’une personne si menue pour faire régner son instrument. Ce fut un triomphe. Celui du piano, celui de Beethoven et non des moindres, celui de la pianiste portugaise. Lors du deuxième concert, quand elle exécuta le concerto no 2, Maria João Pires nous a gratifiés en bis d’une sonate très douce de Domenico Scarlatti, celle en la majeur, Longo 238. Car il y eu chaque soir un concerto après une ouverture de Léonore et avant une symphonie. Rappelons que Beethoven a composé cinq ouvertures pour « Léonore » avant de s’arrêter à celle qui serait l’ouverture de « Fidelio ».

Paires et impaires
On dit généralement que les symphonies « paires » de Beethoven sont moins intéressantes que les « impaires ». Et bien avec son art de la direction, exacte et simple le désormais octogénaire Bernard Haiting a su extraire de son orchestre une musique qui valait son pesant d’or. D’abord la symphonie no 2 en ré majeur, quasiment « classique », tant Haiting nous la rend équilibrée. Combien de tendresse de subtilité. Le deuxième soir, nous fûmes enchantés par la 8e en fa majeur un peu brève malgré ses quatre mouvements. Un petit bijou.

Bernard Haitink
Photo Anderhub

Le concert qui clôturait ce cycle Beethoven réunissait avec bonheur la première à la neuvième symphonie. Effectivement la première, en do majeur, composée en 1799 et 1800, contient le germe de la neuvième, celle-ci en ré mineur, composée de 1817 à 1824 ; elle est joie toute retenue qui explose à la fin. Rendons hommage ici aux cinquante musiciens du Chamber Orchestra of Europe, provenant de 15 pays, qui ne déméritent pas. Les instruments à cordes sont quasiment présentés à tour de rôle au début du troisième mouvement de la neuvième : d’abord les contrebasses ensuite les violoncelles, puis les altos suivis par les violons. Tous sont à la hauteur. Et cette fois-ci, les vents étaient parfaits jusqu’au bout de la symphonie, alors qu’ils avaient tremblé un peu lors des symphonie « paires », où elles étaient un peu plus exposées. Notons pour finir que le Maestro a dirigé assis, ce qui n’a en rien entamé sa verve.
La standing ovation a remercié le Maestro, l’orchestre et le Schweizer Kammerchor (direction Fritz Näf) ainsi que les quatre solistes Sally Matthews, Christianne Stotijn, Steve Davislim et Gerald Finley.

D’un « presto » a une messe
La dernière soirée du Festival était on ne peut plus contrastée. En première partie le chef Mariss Jansons a proposé, à la tête de l’Orchestre Symphonique du Bayerischen Rundfunks, le presto de la symphonie en Ré majeur de Joseph Haydn (1777) ainsi que la « Linzer Sinfonie » de Mozart (1783), un programme très classique donc, suivit par la 4e symphonie en fa mineure de Tchaïkovski 1876-1878). La seconde, magistrale, aurait presque écrasé les deux premières qui étaient cependant trop raffinées. En bis, l’orchestre nous a gratifiés de la « Chanson de Solveig » de Peer Pynt et d’une chatoyante danse hongroise du « Lac des Cygnes ».
Le Festival pour Pâques se clôturait comme de coutume dimanche des Rameaux en matinée.

Mariss Jansons dirigeant l’Orchestre symphonique du Bayerischen Rundfunks.
Photo Priska Ketterer

Toujours Mariss Jansons et un Orchestre Symphonique du Bayerischen Rundkunfs de vaste dimension nous ont interprété un Prélude à l’après-midi d’un faune (Debussy) calme, presque un peu trop « modéré ». Il est vrai que le compositeur indique « très modéré », mais il manquait la chaleur, les couleurs. Pas celles de la flûte de Philippe Boucly, qui scintillaient au soleil de la partition. Suivaient la symphonie des Psaumes de Igor Stravinsky. Cette fois rien à dire de l’orchestre, fabuleux. On reprochera seulement au chœur d’être inaudible, et pourtant le latin n’est pas difficile à prononcer. On aurait aimé entendre par exemple les vers musicaux du Psaume 150 : « Laudate eum (dominum) in timpano et choro/Laudate eum in cordis et organo/Laudate eum in cymbalis benesonantibus… »
Le meilleur nous fut dévolu pour la fin, avec la très belle messe « aux harmonies » de Joseph Haydn, pour laquelle Mariss Jansons, l’Orchestre Symphonique du Bayerischen Rundfunks le Chœur dudit orchestre (soprano Malin Hartelius, mezzo-soprano Judith Schmid, tenor Kurt Streit, et le baryton David Wilson-Johnson) nous on donné le meilleur d’eux-même. C’est le cœur réjoui que nous sommes sortis du bateau de Jean Nouvel au soleil de ce dimanche des Rameaux.

Emmanuèle Rüegger