Au Festival Amadeus, le programme proposé par le Quatuor Mosaïques sera centré sur Joseph Haydn.
Christophe Coin est un artiste polyvalent : éditeur, professeur, chambriste et concertiste. Il animera une soirée phare de la manifestation genevoise !
Né à Caen en 1958, Christophe Coin sort en 1976 du CNSM de Paris après avoir obtenu un premier prix de violoncelle. L’étudiant obtient une bourse pour l’Ecole Supérieure de musique de Vienne où il suit l’enseignement de Nikolaus Harnoncourt. Puis il rencontre Jordi Savall qui l’admet dans son cours à la Schola Cantorum de Bâle. C’est là qu’il découvre véritablement la viole de gambe. Au même moment et au même endroit, le jeune homme contribue aux master classes de Mstislav Rostropovitch, pour le violoncelle moderne.
Parcours
Christophe Coin commence alors à jouer avec le Concentus Musicus de Vienne, et participe à plusieurs tournées. Avec Christopher Hogwood, il enregistre des sonates en trio de Purcell, puis un disque de concertos de Haydn. En 1984, il accompagne Rudolf Noureev pour la création de son solo sur la Troisième Suite de JS Bach. La même année, il fonde le Quatuor Mosaïques, avec Erich Höbarth, Andrea Bischof, Anita Mitterer. Ce quatuor – qui, avec une soixantaine de concerts par an, constitue son activité principale – est mis sur pied en 1985, avec des amis viennois rencontrés au sein du Concentus Musicus de Vienne (l’orchestre de Harnoncourt).
Christophe Coin rappelle modestement que « nous avons tout de suite été bien reçus, surtout en France. Grâce aux disques, des régions moins ouvertes à ce type d’interprétation, comme l’Allemagne et l’Italie, nous ont également accueillis. Il n’existait à l’époque que deux quatuors sur instruments anciens : les Smithsonian et les Salomon. Nous avons pu être parmi les premiers à retrouver une transparence, un autre type de son et d’intonation dans la période classique ; nous avons tout de suite senti que la constitution d’un quatuor jouant des instruments d’époque était le moyen de retrouver un rapport direct avec la musique classique. » Le concertiste se réjouit aussi de la stimulation liée à ces recherches : « Au niveau instrumental, il y a eu de plus en plus de musiciens, plus d’émulation, ce qui a entraîné une grande augmentation du jeu. »
Depuis 1984, l’interprète est chargé des cours de violoncelle baroque et de viole de gambe au CNSM de Paris. Parallèlement à sa carrière de soliste, il donne de nombreux concerts en duo, en trio avec pianoforte aux côtés de Erich Hobärth et Patrick Cohen. En 1991, il prend la direction de l’Ensemble Baroque de Limoges avec lequel ce spécialiste de l’archet explore les musiques des XVIIe et XVIIIe siècles et qu’il hisse rapidement au niveau des grandes formations internationales. Comment concilier ces diverses occupations concertantes ? « J’essaie d’aménager mon temps entre toutes ces activités. Je ne les fais pas aussi intensément que si je ne faisais qu’une d’entre elles. Un jeune quatuor qui veut se lancer dans la carrière répète à peu près tous les jours. Mais le répertoire du Quatuor Mosaïques se limite au classicisme viennois, avec des incursions dans le romantisme. C’est donc en limitant le répertoire que j’arrive à mener de front toutes ces activités. »
Elargir le répertoire
Mais ce boulimique de travail, ne se limite pas à la salle de concert ; l’édition l’intéresse aussi ! Pour lui, il s’agit, dans la mesure du possible, d’élargir le répertoire. A la tête d’une équipe, le musicien entreprend beaucoup de recherches sur les instruments et les catalogues. Comme il reste de nombreux points d’interrogation dans la musique ancienne, du fait de la rupture de la tradition de jeu d’un instrument, le violoncelliste estime qu’il est par conséquent important que facteurs, musiciens et musicologues se réunissent régulièrement pour se tenir au courant des dernières données, des dernières découvertes. Dans le domaine de la viole de gambe par exemple, il a été, en quelques mois l’âme de trois colloques sur les musiques française, anglaise et allemande !
Pour ce qui est de la production discographique, Christophe Coin est à l’origine d’un CD exemplaire consacré à Alexandre Boëly, un artiste français presque contemporain de Beethoven. Le musicologue interprète a pu conjuguer tous ses talents pour faire découvrir une esthétique délicate [La Borie – LC 05] Mais pour situer cet artiste, rien de mieux qu’un répertoire connu, en l’occurrence des concertos pour violoncelle de Vivaldi, dépeints de façon colorée et classe ! [Naïve OP 30457] Le soliste a eu à ce sujet cette plaisante définition : « Particulièrement dans les mouvements lents, Vivaldi a su mieux que quiconque dépeindre le pouvoir hypnotique et mélancolique de Venise, la qualité unique de son silence et le rythme omniprésent de l’eau. Personnellement, je trouve très délicat de restituer musicalement cette "beauté du quotidien" et de demeurer dans cet équilibre instable : un excès d’intention volontaire détruit la richesse cachée de cette délicieuse monotonie, un manque de présence fait basculer dans le vide de l’ennui... »
A Genève, le programme sera centré sur Joseph Haydn, un créateur que le concertiste avoue ne pas placer de prime abord au plus haut parmi les compositeurs, mais auquel il fait crédit d’avoir tout de suite compris le rôle de chaque instrument, les possibilités symphoniques et philharmoniques du quatuor, et, à travers la simplicité et l’homogénéité de quatre instruments à cordes ; l’exécutant d’aujourd’hui salue la réussite manifestée par son aîné à donner une transparence de lecture et une grande richesse à ses compositions, pour faire passer son talent, par exemple son grand génie de la modulation. Selon Christophe Coin, le maître de Esthéraza a été le premier, et, en ce sens, le plus grand. D’autres compositeurs ont ouvert une porte immense au quatuor, mais ont laissé une production inaccomplie. D’après le violoncelliste, on perçoit bien dans le dernier opus de Haydn – inachevé – que c’est déjà une écriture très beethovénienne, et qu’il laisse ici son testament : il ne peut pas aller plus loin, et passe le témoin à d’autres.
Pierre Jaquet
Samedi 5 septembre à 16h30 : « PURCELL- HAYDN » Quatuor MOSAÏQUES (Haydn, Purcell)
Infos : http://www.festival-amadeus.ch