René Koering continue de veiller à la vie musicale montpelliéraine et au festival de Radio France, avec une programmation à nulle autre pareille.
René Koering poursuit sa route à la tête de la vie musicale montpelliéraine et du festival de Radio France. Une route hors des sentiers rebattus, avec une programmation à nulle autre pareille. C’est ainsi que pour cette édition, le festival de Radio France et de Montpellier présente trois inédits : Fedra d’Ildebrando Pizzetti, la Esmeralda de Louise Bertin et Salustia de Pergolèse.
Le festival de Montpellier, c’est toujours une foule d’inédits, d’œuvres et d’opéras inconnus. Cela nécessite à la fois des recherches et des travaux de mise au point en amont… Comment faites-vous ?
J’ai une petite équipe, qui me seconde, et s’occupe de ces travaux de mise au net des partitions. Dans le cas de l’opéra de Louise Bertin, qui n’a pas été redonné depuis sa création en 1836, la partition est à la bibliothèque de l’Opéra de Paris, tout simplement. Sauf l’ouverture, qui n’existe qu’à l’état de réduction piano, dont j’ai fait réaliser une orchestration pour l’occasion. C’est assez facile finalement, une fois le choix fait. Quant à Salustia de Pergolèse, c’est Antonio Florio qui s’est occupé de la réalisation de la partition.
En dehors de l’infrastructure nécessaire, est-ce des frais ?
Il y a évidemment le matériel d’orchestre à faire réaliser. Mais ce n’est pas considérable, et nous trouvons les financements.
C’est aussi une source de programmation inépuisable. Combien d’inédits, dignes d’intérêt, traînent encore dans les cartons !…
Il y a tellement de choses à faire… C’est extraordinaire. Pour l’an prochain, je prévois cet oratorio en trois parties, superposables, que j’avais dû abandonner pour des raisons pratiques il y a deux ans. J’ai enfin réuni les conditions. Je ferai aussi une Leonore méconnue, qui précède celle de Paër et est à l’origine de la Leonore de Beethoven. C’est une chose très belle… J’envisage aussi Inès de Castro du compositeur napolitain Giuseppe Persiani. Peut-être aussi le Gloria de Cilea…
On programme beaucoup d’œuvres italiennes au festival. Vous êtes pourtant plus près de l’Espagne, où ce ne sont pas les œuvres lyriques méconnues du public français qui manquent…
Étrangement, la musique espagnole n’a traditionnellement pas prospéré sur les terres du Languedoc… ni d’ailleurs. Je serais assez tenté de prospecter la zarzuela et l’opéra espagnol. Car il reste beaucoup à faire en ce domaine. Il y aurait même aussi à voir du côté des opéras argentins… Mais il faut trouver les partitions, les interprètes adaptés… Ce n’est pas un mince problème. Et il n’est pas sûr que le public suive. J’ai en projet Goyescas de Granados. Un opéra merveilleux. Que je préfère à Atlantida de Falla. Alberto Zedda vient de ressortir à La Corogne le Don Juan de Ramon Carnicer, un peu entre Rossini et Cimarosa. Voilà une autre piste.
Un autre répertoire peu usité, est celui de l’opéra français du début du XIXe siècle : Méhul, Gossec, Grétry…
Le centre de musique de Versailles est aussi intéressé par ce répertoire. Et nous prévoyons de collaborer. La difficulté, c’est qu’il s’agit, comme dans le cas de Grétry, surtout d’opéras-comiques. Car ces œuvres légères comprennent des dialogues parlés, qui ne sont jamais simples à produire.
Comment se présente l’avenir du festival ? Est-il soumis, comme tant d’autres, aux aléas politiques ?
Vous savez, je ne demande pas leur avis aux hommes politiques. Je fais ma programmation, telle que je l’entends. Cela étant, ce n’est pas moi qui décide si les choses doivent continuer ou pas. Mais les autorités me soutiennent. La Région, l’Agglomération et son président actuel, Georges Frêche, financent entièrement l’Opéra de Montpellier et la saison musicale. C’est ainsi que tous les concerts et opéras sont retransmis en direct à la télévision, dans les hôpitaux par exemple. Ce qui a d’autres conséquences : des dévédés, une diffusion plus large… Pour le festival, c’est aussi un soutien appréciable. Même si dans ce cas la part de Radio France est capitale. Mais de ce côté, il ne semble pas y avoir non plus de changement prévu à l’horizon. Ce que l’on peut craindre éventuellement, c’est un nouveau contexte politique lors des élections dans deux ou trois ans. Si la droite passe à la Région, les soucis ne sont pas à exclure. Je pratique actuellement les prix les plus bas de France pour l’opéra : 35 euros aux places les plus chères ! Cela grâce aux subventions locales. Il n’est pas sûr que la droite investisse autant dans la culture. Mais pour l’instant, je persiste et signe. Et n’envisage aucunement de quitter mes fonctions.
Propos recueillis par Pierre-René Serna