Cette saison, La Maison des Arts de Thonon-Evian nous propose une programmation riche en couleurs. Comme à son habitude, Thierry Vautherot rassemble théâtre, musique, danse et cirque sous forme de puzzle. Entretien.
Pourriez-vous nous parler de cette nouvelle saison et de son fil conducteur : la relation du théâtre avec la réalité ?
Comme tous les fils conducteurs, c’en est un qu’on découvre après. Je ne construis pas une programmation en fonction d’un fil rouge ou d’une idée. C’est à partir des spectacles les plus intéressants à montrer qu’une saison se dessine. Effectivement, comme chaque année on en découvre un. La question de la représentation du réel au théâtre fait se rejoindre un certain nombre de pièces. Notamment Le Traitement de Martin Crimp qui va être créé par la Compagnie Ariadne en janvier qui traite la thématique suivante : prendre un fait divers et le « fictionnariser ». Dans cette même ligne, on découvre Anna de Géraldine Bénichou, théâtre documentaire à partir de paroles entremêlées de femmes qui ont connu l’exil. Ceci renvoie d’ailleurs à Dialogues d’exilés de Brecht mis en scène par Valentin Rossier. Il y a aussi Voyage de Eve Bonfanti et Yves Hunstad qui joue sur la question : réel, pas réel ?
La musique prend une place importante dans la programmation, vous parlez même de La Folle Tournée comme un des temps forts de la saison …
On accueille 45 spectacles dont plus d’une vingtaine de concerts. Mon axe à moi est le théâtre, et la musique sous toutes ses formes. J’essaye de me battre contre le cloisonnement des genres. Quand je parle de La Folle Tournée, c’est un souhait d’amener un événement fort qu’on a construit avec des grands orchestres nationaux de la région Rhône-Alpes pour essayer de rapprocher un public le plus large possible autour de la musique classique.
Cette programmation musicale ne s’arrête pas à la musique classique, elle passe par la chanson française, le jazz et la musique du monde.
Je dis une chose à travers ceci, ouvrez vos oreilles ! Bien évidemment il n’y a pas des musiques, il y a la belle musique, et on la retrouve dans le jazz, dans la chanson,… dès qu’il y a un vrai musicien ça donne de la bonne musique. Fi des genres, fi des cloisons !
Comment construisez-vous une programmation comme celle-ci qui mélange théâtre, danse, musique ?
D’abord, je fais une programmation pour un lieu donné, La Maison des Arts de Thonon-Evian. Je programme aussi pour un bassin de population de l’agglomération de Thonon-Evian. Ceci pose un certain nombre de contraintes. Je crois que j’ai appris au fil des saisons comment mieux construire, comment mieux mettre en relation les œuvres et le public. Le risque c’est de s’autoformater au bout d’un moment. Plus vous êtes dans une programmation éclectique et plus vous êtes dans une agglomération petite, plus vous devez être précis dans l’architecture d’une saison, des alternances entres divers arts scéniques. Après c’est un jeu de calendrier.
En tant que programmateur, quelle est votre vision des arts scéniques ?
Je suis pour une programmation pluridisciplinaire mais aujourd’hui il faut se battre pour le théâtre, pour les écritures contemporaines, pour le texte. Je pense qu’on a du mal à défendre des textes exigeants tels que ceux de Novarina ou de Koltès, on est souvent dans le spectaculaire et la provocation. Je suis très attentif aux textes, mais je défendrais aussi bien On ne badine pas avec l’amour de Musset mis en scène par Philippe Faure que L’Acte inconnu de Novarina.
Comment vous positionnez-vous par rapport aux scènes de Suisse romande ?
La géographie d’un théâtre est extrêmement importante. D’autant plus importante à Thonon, car c’est le bout du bout de la région Rhône-Alpes. Nous sommes loin de la capitale départementale. En revanche nous sommes à une demi-heure de Genève, et à une demi-heure de Lausanne en bateau. Pour moi, le territoire national premier c’est le bassin lémanique, c’est pour cela que nous collaborons énormément avec des théâtres tels que Vidy, l’Arsenic et des compagnies de Suisse romande. En tant que membre du groupe des vingt et un membres du groupe des théâtres de Suisse romande, j’essaye de faire se rapprocher le théâtre suisse romand et celui de la région Rhône-Alpes.
De quelle façon essayez-vous de vous démarquer des scènes suisses romandes ?
Je n’ai pas ce souci-là. Il est vrai qu’en termes de public suisse, il ne faut pas rêver, peu de gens viennent à Thonon. Contrairement à il y a quarante ans, quand la maison a ouvert en tant que Maison de la culture de Thonon où la moitié du public était suisse. C’était une époque où il y avait peu de choses sur Genève.
Qu’aimeriez-vous dire au public genevois pour le faire venir ?
Je pense que la programmation parle d’elle-même. Après, ce qui peut intéresser le public genevois qui ne connaîtrait pas la maison, pourrait être nos beaux plateaux. La Maison des Arts est une très jolie salle en gradins, nous avons aussi un auditorium à Evian qui s’appelle La Grange du Lac, qui a une acoustique merveilleuse, ce qui fait que par exemple on accueille Emmanuel Krivine et Viktoria Mullova. Ce sont d’ailleurs eux qui nous ont contacté, ils voulaient jouer et enregistrer à La Grange du Lac. Et nous avons un petit théâtre à l’italienne qui est unique. Mais ce que j’ai surtout envie de leur dire c’est : regardez !
Seront aussi à l’affiche, La Seconde Surprise de l’amour de Marivaux mis en scène par Luc Bondy avec notamment Pascal Bongard et Clotide Hesme, Plan B de la Compagnie 111 et du côté de la chanson francophone à l’occasion du Festival Les Courants d’aires, chanteront entre autres Daphné, Amélie-les-Crayons et Alex Beaupain.
Propos recueillis par Ann Schonenberg
Pour en savoir plus : www.mal-thonon.org