Cette année, honneur à la Corée du sud.
Du 11 au 20 février, le festival de films Black Movie ouvre Genève à un autre cinéma. Installé dans les salles de la Maison des arts du Grütli et au Spoutnik de l’Usine, il est dirigé par trois programmatrices : Virginie Bercher, Maria Watzlawick et Kate Reidy. Composé de huit sections, le festival 2011 rassemble une cinquantaine de longs métrages, mélange de documentaires et de fictions, et une cinquantaine de courts métrages à l’intention du jeune public. Nouveauté cette année, un lieu festif accueille les noctambules au Temple des Pâquis.
Corée, coups et blessures
La Corée du sud est mise à l’honneur. Avec un cinéma engagé, noir mais aussi esthétique et urbain, elle prend le pas sur le Japon. On y retrouve une analyse de la lutte des classes avec notamment le remake de « The Housemaid » de Im Sang-soo. Dans cette troisième version d’une même histoire, le réalisateur actualise son propos en tenant compte de l’évolution des couples.
Bong Joon-ho, réalisateur virtuose de « The Host », privilégie également dans « Mother » l’approche psychologique des personnages. Ce regard « social » éloigne ce cinéma du thriller classique et ne l’empêche pas d’être transcendé par une virtuosité formelle.
Films d’auteur purs témoignant de la précarité de la société coréenne, la trilogie de l’exclusion de Jeon Kyu Hwan est montrée cette année dans sa totalité.
India 21st Century
L’Inde présente une multiplicité de facettes. Loin de Bollywood, les films projetés à Black Movie sont des documentaires réalisés à peu de frais qui font l’éloge de la débrouillardise et de la capacité de chacun à trouver son équilibre dans un contexte difficile.
« Bilal » suit un enfant voyant qui grandit avec des parents aveugles. Dans « Children of the Pyre », des enfants travaillent dans un crématoire pour presque rien. « A Certain Liberation » revient sur le destin d’une femme qui, suite à une tragédie, devient folle pour survivre. Sans oublier plusieurs documentaires sur l’indépendance de la femme dont « Pink Saris ».
Ecrans Noirs et Abre los ojos
Autres contextes, autres mœurs mais problématiques proches, des documentaires venus d’Afrique et d’Amérique latine présentent la vie de personnalités modestes confrontées aux difficultés d’une société opressante et souvent corrompue. Ces sans-droits se battent pour garder leur terre dans « Kafka au Congo » ou obtenir la révision d’un procès dans « El Rati Horror Show ». De ces documentaires engagés naît une grande diversité formelle qui passe par la musique, le bricolage, le jeu, le témoignage. Riche et décomplexé, un cinéma à découvrir.
Autres sections
Black Movie propose une vaste rétrospective Takashi Miike et Takeshi Kitano, les deux enfants terribles du cinéma japonais. Dans sa section « à suivre », il continue à accompagner le travail des réalisateurs qu’il a le plus aimé. Une section remake et le petit Black Movie réservé aux enfants entre 3 et 13 ans terminent la programmation du festival 2011.
De ce vaste et ambitieux programme, deux thèmes se dégagent : l’importance de la filiation avec notamment le film chinois « When love comes » et la bonne santé du cinéma documentaire.
Ces dix jours de festival représentent une belle opportunité d’apprendre, d’ouvrir les yeux sur d’autres cultures et de comprendre mieux le monde qui nous entoure.
Sophie Eigenmann