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Théâtre de l’Arsenic, Lausanne : Saison 2007-2008
Lausanne, L’Arsenic
Article mis en ligne le octobre 2007
dernière modification le 21 octobre 2007

par Laurent CENNAMO

Représentatif de la scène contemporaine romande, l’Arsenic présente cette saison plus de trente manifestations. Créations et accueil de spectacles théâtraux bien sûr, mais aussi créations musicales et chorégraphiques, performances, installations : l’occasion de prendre le pouls d’une ville, de plonger avec joie dans un univers souterrain, alternativement corrosif, gai ou gentiment déjanté.

Quatorze créations cette saison (dédiées à l’activité locale ou régionale), mais aussi des accueils qui permettront au public de découvrir ce qui se crée en dehors de la Suisse sur une certaine scène contemporaine des arts vivants. Une nouvelle fois, l’Arsenic court le risque de la création profondément engagée dans son époque, propose des spectacles qui prennent aux entrailles ou qui font rire, réfléchir, ne laissent en tout cas jamais indifférent.

Epiphania © Federal.II

Premières fois et fin du monde
Du 25 au 30 septembre, Denis Maillefer a présenté La première fois , une création où la puissance d’interprétation des comédiens était mise en évidence. Neuf comédiens chaque fois différents racontaient des premières fois de diverses expériences vécues ou inventées, revenaient sur des souvenirs bons ou mauvais, médiocres ou émouvants. La première fois était aussi une tentative de spectacle live : chaque spectacle était unique, basé sur l’improvisation et un travail d’écoute délicat. Les représentations devenaient, elles aussi, des premières fois…
Du 5 au 9 décembre, une reprise de la saison 06-07 : Pyrrhus Hilton , texte et mise en scène de Marielle Pinsard, librement inspiré de Andromaque de Racine. La description satyrique d’un monde où l’inertie et l’oisiveté sont reines, où le goût du sacrifice n’existe plus. La scène sera transformée pour l’occasion en une gigantesque chambre d’enfant. Le spectacle sera repris au Théâtre Saint-Gervais à Genève du 12 au 16 décembre 2007.
Plusieurs artistes dont on a pu découvrir à l’Arsenic de précédents spectacles présentent cette saison leur nouvelle création. C’est le cas de Gaspard Burma qui se lance cette année dans une pièce de groupe, Home , avec la Compagnie Dysleptique (du 10 au 20 janvier 2008). Sur scène, six danseurs munis de capteurs qui émettent de la musique lorsqu’ils bougent ! Une critique délirante des nouvelles technologies de plus en plus envahissantes, une invitation à arrêter d’expérimenter.
Du 17 au 27 janvier, l’Arsenic accueille la dernière création du jeune metteur en scène Dorian Rossel, Libération sexuelle . Il s’agit du dernier volet de sa trilogie qui interroge les rapports parfois tendus entre société et individu (Les Jours Heureux et Gloire et Beauté, tous deux créés à l’Arsenic). Un portrait de notre époque autour d’une rupture amoureuse et la difficile reconstruction de soi qu’implique ce bouleversement. Anna Van Brée s’attaque un peu plus tard dans la saison au Faust de Goethe (du 15 au 25 mai 2008). La metteuse en scène s’empare de ce héros tragique pour mieux se pencher sur l’individu moderne. Après Utzgur !, une confirmation de la portée à la fois politique et philosophique de sa démarche théâtrale.

Gloire & Beauté / Dorian Rossel

Du 17 au 27 avril, la nouvelle création de Massimo Furlan : Sono qui per l’amore viendra conclure sa trilogie amoureuse (Les filles et les garçons et (love story) Superman , cette dernière pièce reprise à l’Arsenic du 27 au 29 mars 2008). Massimo Furlan se nourrit le plus souvent de ses propres souvenirs pour composer ses tableaux vivants à la fois poétiques et burlesques, pétris de références musicales et cinématographiques. A découvrir !
Une première avec l’accueil du 28 au 30 avril 2008 de la dernière création de Richard Maxwell, auteur, compositeur et metteur en scène américain. Très loin du rêve américain, Ode to the man who kneels est une sorte de western musical, un opéra minimaliste en partie parlé, en partie chanté. Le jeu d’acteur dépouillé à l’extrême (des personnages on ne perçoit guère que la silhouette) permet de donner une vision à la fois incisive et dérisoire de la société américaine contemporaine et, par extension, du genre humain dans son entier.
Quatre nouvelles collaborations viendront ponctuer cette saison sur la scène de l’Arsenic :
Dramuscules de Thomas Bernhard sera présenté du 20 novembre au 2 décembre dans une mise en scène de Matthias Urban. Il s’agit de la deuxième mise en scène de Mathias Urban, après Fin de partie de Beckett au Théâtre 2.21. Qu’est-ce qui fait la matière de ces « minuscules drames » ? l’intolérance, les relents de nazisme, le racisme primaire : un cocktail idéal pour façonner des monstres ordinaires. Du 12 au 14 février 2008, L’ôdieuse compagnie et Yann Mercanton présentent leur nouvelle création, Home (texte de David Storey). Loin de tout aspect conceptuel et loin des nouvelles technologies, un spectacle drôle et humain qui revient sur des petits moments de vie de cinq personnages à la dérive. En contradiction totale avec les lois du blues (titre provisoire) de Joël Maillard, mis en scène par Vincent Bonillo, évoque la solitude des êtres à travers la description d’un paradis imaginaire, artificiel, virtuel – en un mot irrespirable – où le bonheur est une sorte d’obligation. Toute ressemblance avec un monde connu serait parfaitement fortuite… (du 1er au 13 avril 2008).

Les spécieux ridicules de et avec l’irrésistible Jean-Paul Favre investiront le plateau de l’Arsenic du 6 au 18 mai. Une digression jubilatoire et ravageuse sur le thème du nombrilisme des artistes. Une nouvelle fois, toute ressemblance…
La saison théâtrale 2007-2008 se conclura par deux accueils français : Cheval , de et avec Antoine Defoort est une sorte de « non-théâtre », une conférence musico-technologique désopilante où l’on croise des reprises de Michaël Jackson, Dalida, Pergolèse… (les 27 et 28 mai). Le 29 et le 30 mai, retour de Grand Magasin à l’Arsenic avec Mordre la poussière . Après avoir parlé de leur vie dans Ma vie, les comédiens Pascale Murtin et François Hiffler nous parlent de leurs cauchemars dans ce nouveau spectacle étonnant, à la poésie décalée.

Danse et performance
La programmation 2007-2008 fait une très large place à des chorégraphes venus d’horizons divers. Bare Back Lying , la dernière création chorégraphique de Simone Aughterlony sera pour la première fois présente à l’Arsenic du 25 au 27 octobre. Une histoire d’amour et de rupture, certes, mais emportée par la drôlerie très anglo-saxonne (très féminine aussi dans sa fragilité) de Simone Aughterlony. Un spectacle à la fois touchant et grinçant (scènes de nu frontales, esthétique proche du clip vidéo), une analyse du mensonge de toute représentation, de toute relation humaine. Du 15 au 18 novembre, l’Arsenic accueille Kernel de Cindy Van Acker. Kernel - noyau en anglais – est l’occasion pour la chorégraphe de jouer habilement de l’éclatement et de la concentration des corps et de l’espace. Spectateurs et danseuses évoluent sur le même plateau jusqu’à ne former qu’une seule figure. Fusionnel.

Kernel, chorégraphie de Cindy Van Acker

Plusieurs autres beaux rendez-vous chorégraphiques, notamment durant les mois de mars et avril 2008 : Flagrant Delhi de Jean-Marc Heim s’inspire de la bharata Natyam, danse classique indienne, pour une exploration ludique des expressions faciales (du 28 février au 9 mars) ; du 11 au 16 mars, Whisky Gorilla de la chorégraphe coréenne YoungSoon Cho, un visage connu à l’Arsenic. Les 13 et 14 mars, le public de l’Arsenic pourra découvrir Série de Pierrine Valli : un art minimaliste et épuré (six espaces délimités par des bandes de papier créent un univers assez proche du haïku japonais), un espace compris comme terrain de méditation. Enfin, du 1er au 6 avril, Ningyo de la chorégraphe Nicole Seiler s’attachera au mythe fascinant de la sirène.
La performance sera également à la fête cette saison : les 8 et 9 février, se tiendra à l’Arsenic la quatrième édition d’un week-end dédié entièrement à cet art de la présence, de la mise en jeu du corps. Une date à ne pas manquer en tout début de saison (du 4 au 7 octobre) : Mainstream , conçu et performé par Alexandra Bachzetsis et Yan Duyvendak. Une histoire d’amour classique, un tango fataliste, mais aussi une exploration des grandes tendances contemporaines : télévision, cinéma populaire, jeux vidéo…
Une nouveauté bienvenue cette saison : « Les vendredis exquis ». L’Arsenic propose tous les derniers vendredis du mois dès 18h des apéros aux propositions gustatives inventives.

Laurent Cennamo

Infos et réservations : +41 21 625 11 36
www.theatre-arsenic.ch