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Festival de Lucerne
Lucerne : Festival 2008

Tour d’horizon de la programmation 2008, qui met la musique contemporaine à l’honneur.

Article mis en ligne le mai 2008
dernière modification le 13 juin 2008

par Eric POUSAZ

Lucerne peut se targuer d’abriter la plus grande manifestation au monde presque exclusivement consacrée à la musique symphonique. Mais, loin de se reposer sur leurs lauriers en alignant les soirées de prestige, les responsables de cette manifestation au programme indigeste essaient chaque année d’innover en renouvelant les angles d’approche de la programmation.

La danse et la musique
C’est sous ce titre un peu vague que sont regroupés bon nombre de concerts cette année. Le directeur Michael Haefliger voit se mêler les deux genres dans bon nombre de partitions, depuis les Suites pour violoncelle de Bach jusqu’aux partitions les plus récentes, souvent écrites à la demande expresse de chorégraphes qui essaient, avec les musiciens contemporains, de renouveler la géniale alliance qu’a su sceller Fokine avec les plus grands musiciens travaillant à Paris au début du XXe siècle. Aussi verra-t-on au théâtre de Lucerne quelques créations dansées récentes, soigneusement sélectionnées par Joachim Schloemer, un danseur passé à la chorégraphie, puis à la mise en scène d’opéra et de théâtre.

Anne Sofie von Otter, le 19 août

Les concerts symphoniques, quant à eux, verront se succéder quelques-unes des partitions les plus prestigieuses commandées à des musiciens par des chorégraphes, telle Daphnis et Chloé de Ravel ou Le Sacre du Printemps de Stravinsky (joué au cours de deux soirées différentes sous la direction de Lorin Maazel et de Pierre Boulez !). Il y aura même un concert où l’organiste Bernard Foccroule se joindra à la danseuse Annabelle Chambon pour célé-brer l’union de l’orgue avec la plastique corporelle… Par ailleurs, dans les programmes variés des trente-deux concerts de prestige qui se succèderont au KKL, la danse sera à chercher partout, jusque dans un Scherzo d’une Symphonie de Bruckner ou la Valse de la Symphonie fantastique de Berlioz.
Lucerne ne serait pourtant pas Lucerne sans de nombreuses manifestations qui lui sont propres. L’édition 2008 du Festival s’ouvrira comme de coutume par une série de concerts à géométrie variable donnés par les musiciens du Lucerne Festival Orchestra fondé par Claudio Abbado. Cette année, l’accent est mis sur la musique française (avec l’apparition remarquée de la pianiste Hélène Grimaud) et la musique russe ; les manifestations plus intimistes. également confiés aux mains expertes des musiciens du Lucerne Festival Orchestra, feront la part belle à une série de pages plus ou moins modernes mais rarement mises à l’affiche à cause de leur distribution instrumentale inhabituelle.
Ensuite, Pierre Boulez revient à Lucerne pour diriger la Lucerne Festival Academy, un ensemble formé pour l’occasion, comprenant cent quarante musiciens en provenance du monde entier. Avec cette phalange internationale, le chef français entend travailler sur quatre pièces de Luciano Berio intitulées Quatre Dédicaces. Deux créations mondiales de Boris Borowski et Ondrej Adamek complèteront le programme de la premières soirée, alors que la deuxième rappellera les cent ans qu’aurait eu cette année Olivier Messiaen avec l’interprétation de Des Canyons aux Etoiles et ceux que fêtera le compositeur américain Eliott Carter.

La musique contemporaine à l’honneur
Olivier Messiaen se verra honoré en d’autres occasions, comme par exemple lors d’un concert dirigé par Mariss Jansons qui a jeté son dévolu sur la gigantesque Turangalîla-Sinfonie ou au cours d’une soirée d’orgue où seront données ces Méditations que le compositeur a groupées sous le nom de L’Ascension. Le Quatuor pour la Fin du Temps et Oiseaux Exotiques complètent cet hommage à l’un des plus grands compositeurs du XXe siècle…

Mariss Jansons, le 6 septembre

Les compositeurs d’aujourd’hui ne sont pas oubliés non plus, et Lucerne invite chaque année un musicien à venir présenter ses œuvres et amener, si possible, quelques nouveautés dans ses bagages. Cette année, c’est le tour du compositeur anglais George Benjamin dont les métropoles du monde entier s’arrachent les créations. Lucerne entendra la création d’un ouvrage pour piano et orchestre interprété par le pianiste Pierre-Laurent Amard, l’Orchestre de Cleveland étant placé sous la direction de Franz Welser-Möst. Un opéra de chambre, créé à Paris, sera également du voyage ainsi que diverses pièces d’envergure plus modeste mais non moins intéressantes…En tout, non moins de huit œuvres seront à l’affiche pendant cette édition du festival.
Autre tradition respectée cette année : l’invitation d’un artiste en résidence. Il s’agit en l’occurrence du hautboïste Albrecht Mayer qui parcourra en quatre concerts le répertoire de son instrument de Vivaldi à Nielsen en passant par Richard Strauss, Pierre Pierné, Carlo Yvon ou Schumann. Quant à Maurizio Pollini, il sera à la tête d’un ‘Pollini-Projekt’ où il juxtaposera des pages de Berg, Boulez, Stockhausen et Liszt lors d’un premier récital, avant de confronter Chopin et Nono lors d’une deuxième soirée.

Maurizio Pollini, le 21 août

En parallèle à cette profusion de concerts, le Festival de Lucerne assume la programmation d’un véritable festival de musiciens des rues, d’une imposante série de matinées destinées à faciliter l’approche de la musique classique par les enfants ainsi que de diverses rencontres privilégiées, tant avec les artistes qu’avec des musicologues invités à faire partager leurs lumières sur des programmes comprenant quelques pièces plus difficiles à digérer.

Eric Pousaz

Programme complet sur demande
ou à l’adresse
www.lucernefestival.ch