Lancée avec cet avertissement aux allures de combat - « L’opera vincerà » - la saison du Regio de Turin s’annonce pour le moins dynamique.
Fond et forme. Sur la forme, si l’on peut dire, la direction l’envisage ni plus moins que comme « une riposte concrète contre une crise qui a déterminé, en Italie, une diminution drastique sans précédent des contributions publiques comme privées à l’encontre de la plupart des théâtres. » Convaincue de la valeur imprescriptible de la musique pour le patrimoine culturel, elle ne compte en rien affaiblir son programme, pariant sur la sagacité et la solidarité du public.
Les effets de cette politique audacieuse et unique n’ont pas manqué de se faire sentir. Fort d’un public d’abonnement se montant à quelque 14.000, le Grand Théâtre a remporté un grand succès d’ouverture avec La Traviata co-produite avec l’opéra festival de Santa Fe. La mise en scène de Laurent Pelly devait achever d’emporter l’adhésion, qui s’est soldée par une standing ovation et une envolée de dons spontanés venant au secours du Regio. De quoi rappeler l’esprit de solidarité qui souffla déjà quand, en 1936, le théâtre fut détruit par un gigantesque incendie et bombardé pendant la seconde guerre mondiale.
C’est donc presqu’une métaphore si, dès le mois de février, Peter Grimes est au programme. Avec Neil Shicoff dans le rôle éponyme du seul contre tous pour la première fois au Regio, il ne manquera pas d’intéresser les aficionados de Britten, sous la direction du chef japonais Yutaka Sado. En mars, l’on assistera au retour à Turin du chef russe Semyon Bychkov pour le Tannhäuser de Wagner. La distribution n’est pas moins prestigieuse, avec Johan Botha, Boaz Daniel, Ricarda Merbeth, Michaela Schuster et Kangchul Youn. En avril, Luisa Miller de Verdi sera emmené par le spécialiste du répertoire romantique italien Donato Renzetti et en mai se succéderont L’elixir d’amour et La bohème.
Enfin, juin verra la première version intégrale, dans un style contemporain, de Manfred. Ce drame de George Byron, mis en musique par Robert Schumann, sera dirigé par Gianandrea Noseda, avec la participation vocale, notamment, de la française Frédérique Loliée. En jouant sur la corde sensible de la responsabilité du public italien comme international, le Regio a sans nul doute visé juste. On en veut pour preuve, en attendant le bilan, la file d’attente quotidienne. Trente places seulement sont en vente hors abonnement dès 19h. Or, la queue se forme dès 16h30… La réservation par internet, singulièrement, est plus aisée.
Serge Bimpage
Dormir et manger, Scènes Magazine recommande :
– Hotel Solferino, via Brofferio 3. Tél : +39.011.5613444, www.hotelsolferino.it
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