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Saison 2008-2009 du Théâtre Am Stram Gram
Genève, Am Stram Gram : Plaisir intense

Madame Christiane Suter évoque la saison à venir.

Article mis en ligne le septembre 2008
dernière modification le 26 septembre 2008

par Firouz Elisabeth PILLET

Après une saison riche en accueils ludiques et insolites (citons le spectacle L’apprentie, le cuistot, les odeurs et le piano, entre autres) et les productions de la maison, la saison 2007-2008 a été copieuse pour les spectateurs.
Pour évoquer la saison à venir, Madame Christiane Suter a bien voulu répondre à quelques questions.

Qu’en est-il de la nouvelle saison ?
Pour la saison 2008-2009, nous avons trois créations « maison » , plus une reprise. Parmi nos créations, un grand spectacle musical, Barbababor , de François Place, l’auteur-illustrateur des Derniers Géants.

Visuel du spectacle « Barbababor », de François Place.
Conception et graphisme Atelier Roger Pfund. Peintures originales Dominique Gay, copyright Am Stram Gram

A l’origine Barbababor est un album dessiné, une histoire en chansons que nous avons adaptée au théâtre, où tout le monde chante, danse et joue la comédie. C’est une histoire fantastique où un petit garçon se trouve soudainement embarqué sur le bateau de Barbababor, chasseur de trésors, où interviennent des pirates, le dieu Neptune, et surtout une délicieuse baleine myope, Babalina. C’est aussi une fable écologique douce, puisqu’on y rencontre les tankers qui salissent les océans. Ce qui nous a plu dans ce conte moderne, c’est qu’aucun personnage n’est « très gentil » ou «  très méchant » : ceux qui travaillent sur les grands pétroliers ne font que répondre à notre demande ; les ouvriers qui réparent le bateau fracassé par Neptune lors d’une tempête le réparent, certes, mais ils sont aussi gourmands et intéressés par l’or que les pirates. Enfin l’amour se mêle à l’aventure... Bref, une belle surprise pour tout public dès sept ans.
Puis nous reprenons Le Pont de pierres de Daniel Danis, pour les plus grands (dès 10 ans et adolescents), où nous suivons les épreuves traversées par deux enfants, Momo et Mung, qui fuient leur pays qui va entrer en guerre et qui cherchent le pays de la paix. Pour cette magnifique traversée – qui fut jouée par Jean Liermier et Mariama Sylla – nous partons avec une nouvelle distribution : Louis Arène et Julia Batinova, et un grand percussionniste en live : Ramon Lopez. Ce spectacle très émouvant, très fort, comporte quand même des scènes comiques, des respirations !

Visuel de spectacle « Le Pont de pierres », de Daniel Danis
Conception et graphisme Atelier Roger Pfund. Peintures originales Dominique Gay, copyright Am Stram Gram

Notre troisième création, La Pantoufle , est le premier texte de théâtre écrit par Claude Ponti, très connu comme auteur-illustrateur pour enfants, c’est même une star dans le milieu de l’album dessiné ! Il a choisi de mettre en scène un sujet très original : un fœtus qui a tout juste neuf mois et qui se prépare à quitter le nid-pantoufle dans le ventre de sa maman, enfin prêt à sortir... Le Grand Bébé – c’est son nom – nous raconte qu’il sait tout de la vie du dehors, car il entend beaucoup de choses et il réfléchit ! Il se réjouit mais tout de même il est prudent, alors il se prépare à affronter le monde avec son complice l’Oreiller, en « répétant » toutes sortes de situations : l’amour, la peur, la vieillesse, les jeux d’enfants, la conduite d’une voiture... Comme il crée tout à son image, à son environnement, ce qu’il nous montre est décalé par rapport à notre réalité : les maisons, par exemple, sont des pantoufles avec des portes, des cheminées, des fenêtres. Comme Claude Ponti est un immense dessinateur, nous lui avons très naturellement demandé de signer l’environnement visuel. L’environnement sonore, extrêmement riche, sera créé par Jean Faravel. Le Grand Bébé sera joué par Claude Vuillemin, l’Oreiller par Madeleine Piguet, dans cette partition très physique, et à la force comique, nous l’espérons, d’un Chaplin. Ce spectacle est destiné aux enfants dès 6 ans comme aux grands.

Visuel du spectacle « La Pantoufle », de Claude Ponti.
Conception et graphisme Atelier Roger Pfund. Peintures originales Dominique Gay, copyright Am Stram Gram

Ces trois spectacles seront mis en scène par Dominique Catton et moi-même.
Pour la quatrième création de la saison, nous avons proposé une mise en scène à Christian Duchange, de la Cie L’Artifice à Dijon, suite à l’accueil dans nos murs de son spectacle Lettres d’amour de 0 à 10 qui nous avait totalement séduits. Nous allons donc coproduire avec L’Artifice Nam Bok le hâbleur , d’après une nouvelle fantastique de Jack London. Un seul comédien sur scène, Stephan Castang, pour évoquer l’univers magique du Grand Nord, chez les Inuits, plus un environnement sonore très important qui épaissira le mystère... L’histoire ? Il y a de nombreuses années, une tribu inuit a vu disparaître l’un des siens, Nam Bok, à bord de sa frêle pirogue. Tout d’un coup, un homme prétendant être Nam BoK apparaît, sa mère le reconnaît mais les autres le prennent pour un revenant. Il raconte qu’il a été recueilli par une pirogue géante et leur décrit tout l’univers moderne dans lequel il a vécu ; il tente de leur expliquer ce qu’est le progrès, il cherche à raconter l’intransmissible : les maisons qui touchent le ciel, le monstre de fer qui transporte les gens et crache de la fumée, les bateaux comme des pirogues géantes sans rames. Mais tout ce qu’il décrit les convainc qu’effectivement, c’est bien un revenant, et les Inuits le rejettent à la mer. La fable est subtile car, si l’on voit comment on accueille mal les visionnaires, les audacieux, les découvreurs, on est sensible aussi à une critique du progrès que l’on amène, parfois de force... On sait aujourd’hui qu’on a détruit la culture de civilisations entières au nom de notre progrès, on tente peut-être de revaloriser ces civilisations apparemment frustes. A voir dès 9 ans, pour adolescents et adultes.

Visuel du spectacle « Mascarade », de Nancy Huston.
Conception et graphisme Atelier Roger Pfund. Peintures originales Dominique Gay, copyright Am Stram Gram

Le théâtre ASG entretient également une tradition d’accueils ?
Comme par le passé, nous essayons de mêler à nos créations des formes différentes, originales, du théâtre mais aussi de la danse, ou du cirque... Cette saison, nous accueillons d’abord Mascarade , écrit par Nancy Huston et son fils Sacha Todorov. On connaît surtout Nancy Huston comme romancière pour adultes mais elle écrit parfois des textes pour enfants : avec la plus jeune de ses filles, des nouvelles, des récits ou de petits romans ; Mascarade a été écrit avec son fils adolescent, et s’adresse aux enfants comme aux plus grands. Comme le titre l’indique, la pièce traite du jeu de masques, tous ceux que l’on porte de manière souvent inconsciente selon les situations. On n’est jamais le même quand on est dans l’intimité, avec ses enfants, ou en représentation. C’est sous la forme d’une fable décalée entre une chèvre et un loup que se présente le spectacle : le loup met en danger la chèvre, elle se transforme en chasseur ; le loup, acculé, se transforme en femme du chasseur qui le domine ; la femme du chasseur se transforme en psychanalyste, et ainsi de suite… Chaque fois, le dominé devient dominant dans une succession de poupées russes. Au premier degré, c’est un jeu de travestissements très amusant ; au deuxième degré, le reflet des jeux que nous menons, même vis-à-vis de soi. C’est une coproduction de la Cie Baraka et du petit Théâtre de Lausanne, dans une mise en scène de Georges Guerreiro, avec deux acteurs fantastiques, Frédéric Landenberg et Diego Todeschini.

Visuel du spectacle « Les Fabulettes et moi », de Joane Reymond.
Conception et graphisme Atelier Roger Pfund. Peintures originales Dominique Gay, copyright Am Stram Gram

Ensuite nous recevons, dans l’intimité de la petite salle, Les Fabulettes et Moi , un spectacle de chansons conçu par Joane Reymond. Nous avions vu son spectacle Barbara et moi, au Théâtre de l’Orangerie, que nous avions beaucoup aimé, mêlant les chansons de la Grande Dame à des souvenirs, des anecdotes personnelles. Il y aura donc Les Fabulettes d’Anne Sylvestre mais aussi des chansons dites pour les grands – que les plus petits peuvent entendre –, comme Tant de choses à vous dire, en rapport avec des événements de son existence et qui touchent à sonunivers. Ce spectacle de la Cie Mine de rien se déroulera pendant les fêtes jusqu’au 31 décembre inclus, pour tout public dès 4 ans.
Nous accueillons ensuite la Bdanse-Compagnie qui a une démarche très originale, avec deux chorégraphies d’Emilio Calcagno et Olivier Dubois, Peter Pan et Comète Comix . Le défi des danseurs est de recréer le style, le trait et l’univers de la BD sur la scène, au-delà de l’histoire. Pour la première chorégraphie, il s’agit du Peter Pan du dessinateur Régis Loisel, et non celui de Barrie. Deux danseurs recréent toute l’histoire – il y a un très beau combat entre Peter Pan et le Capitaine Crochet.
Quant à l’autre chorégraphie, Comète Comix, elle ne sera créée qu’en 2009, avec la collaboration, y compris à la scénographie, de la dessinatrice et auteure Marie Caillou. Nous découvrirons un univers de superhéros dans les crèches de Noël. Que ce soit l’âne et le bœuf, les rois Mages, tous sont traités en superhéros, par trois danseurs. Nous parlions d’une prise de risque dans la programmation, en voilà un exemple puisque les répétitions n’ont pas encore commencé !

Visuel du spectacle « Ernest ou comment l’oublier », d’Ahmed Madani.
Conception et graphisme Atelier Roger Pfund. Peintures originales Dominique Gay, copyright Am Stram Gram

La production suivante n’est pas été créée non plus   : Ernest ou comment l’oublier , d’Ahmed Madani, de la Madani Cie, un spectacle de théâtre qui jouera beaucoup avec les techniques du cirque : Madani travaillera avec deux comédiennes qui ont participé à de nombreux spectacles d’Omar Porras et qui seront fortement sollicitées par la partition très physique, acrobatique de leur personnage. L’histoire est très touchante : deux artistes de cirque semblent fatiguées ; le directeur leur propose de se reposer et leur promet de revenir les chercher plus tard. Toutes deux sont follement amoureuses de lui... Le temps passe, elles sont devenues très vieilles et l’attendent toujours, préparant chaque soir pour leur amour sa soupe préférée. Tous les jours, une poussière extraordinaire s’accumule autour d’elles, l’atmosphère devient de plus en plus dense. Quel symbole... Chaque matin, elles nettoient la poussière, continuent à attendre et à faire des exercices : elles se sentent tellement jeunes dans leur cœur qu’elles en oublient qu’elles sont vieilles et se lancent dans des exercices éblouissants, de voltiges et d’acrobaties, jusqu’au rappel à l’ordre de l’âge. Il y a aussi dans cette pièce leur rapport d’amitié et de solidarité, et de jalousie féroce puisqu’elles aiment le même homme. Cela regorge de fantaisie, de fantastique, d’humour. Pour tout public dès 9 ans.
Enfin, notre dernier accueil, Seule dans ma peau d’âne qu’Estelle Savata a créé et mis en scène d’après le conte de Charles Perrault. Le début de l’histoire est identique mais l’auteure va s’attacher au moment où la princesse s’enfuit sous sa peau d’âne et à ce que cela signifie. Comme souvent dans les textes pour enfants, il y a deux lectures : celle de la princesse, qui demande des robes magnifiquement impossibles au père amoureux, qui ôte la peau d’âne dès qu’elle se sent en confiance pour chercher son prince ; et l’autre, pour les plus grands, met en lumière la lourdeur de la carapace dont on s’habille à l’adolescence, et qu’on a tellement de mal à s’arracher. Un spectacle entre théâtre et danse, pour tout public dès 8 ans.

Propos recueillis par Firouz-Elisabeth Pillet

(022) 735 79 24, www.amstramgram.ch